QUAND LA KABBALE EXPLIQUAIT LE YI-KING

Retour au fascicule

UN ASPECT OUBLIÉ DU FIGURATISME DU P. JOACHIM BOUVET

On connaît bien le P. Joachim Bouvet (1656-1730), qui fut notamment l’envoyé de l’empereur Kang Hi auprès de Louis XIV, et qui correspondit avec Leibniz sur le Ye Kim (Yi-King), le livre des mutations, mais si les historiens ont bien marqué la place de ce père du figuratisme dans l’histoire des idées, la part que la Kabbale joua dans son immense et érudite rêverie n’a pas été mise en valeur.

Virgile Pinot, qui lui consacra d’excellentes pages dans sa thèse, La Chine et la formation de l’esprit philosophique(1), n’emploie jamais le terme de kabbale quand il traite des sources de ce qu’il appelait à la suite de Fréret le figurisme, mais que le P. Joseph Dehergnes a préféré, avec raison, appeler le figuratisme(2). Et le dernier auteur, D. P. Walker, qui a consacré un chapitre de sa Prisca theologia(3) aux Jésuites fîguratistes, encore qu’un peu mieux informé de l’importance de la Kabbale à la Renaissance, n’a rien su de cette passion, pourtant si caractéristique de Joachim Bouvet.

Certes, la Bibliothèque de Gordier attribuait-elle à un autre jésuite fîguratiste, Gollet (1664-1741)(4), les manuscrits dus à Bouvet ; leur titre aurait dû retenir l’attention, et notamment Pro expositione figurae sephiroticae Kabalae Hebraeorum, d’autant plus que dès 1887 la Revue de V Extrême-Orient(5) avait publié une lettre de Bouvet au P. Souciet, beaucoup plus claire que l’allusion à la « Kubulla » donnée pour etymologie au terme de Sibylle par le P. Foucquet dans les documents publiés par V. Pinot(6). De Pékin, Bouvet écrivait le 18 octobre 1727 : « Comme V. Rce(7) est fortement persuadée que la véritable chronologie(8) est celle qui ne compte que 4 000 ans, ou un peu moins, jusques à Jésus-Christ, et que l’opinion des Septante est insoutenable ; la plupart des écrits qu’elle a reçus tendant à établir invinciblement cette seconde opinion, il est difficile qu’elle puisse avoir la patience de les parcourir tous d’un bout à l’autre, surtout à cause de la multitude de calculs d’une forme inconnue en Europe, dont ils sont remplis, si ce n’est peut-estre que la similitude parfaite, que les principes de ces nombres mystérieux, ont avec ceux de l’ancienne et vraie cabale des Hébreux, fondée sur les dix nombres élémentaires de leur divine figure séphirotique, et sur la puissance numérique des vingt-deux charactères sacrés de leur alphabet, soutiennent sa patience, estant, ce me semble à cause de la connaissance particulière qu’elle a de cette science mystérieuse, celui de nos doctes qui peut juger plus favorablement de la solidité de ces nombres.

« Au reste, comme les nombres de cette algèbre sacrée, propre de la vraye et ancienne cabale, commune aux anciens Hébreux et aux anciens Chinois, m’ont forcé il y a plus de vingt ans(9) à abandonner l’opinion des Hébreux modernes et de la Vulgate que j’avais embrassée auparavant comme certaine, si V. Rce peut se donner la peine d’examiner… »

Comme l’avait justement remarqué P. A. Rule, l’analyse proposée par A. Rowbotham(10) des figuristes jésuites manquait de précision, et le cas de Bouvet méritait une enquête particulière, étant donné la part qu’il fit à la Kabbale. En attendant le travail promis par Rule sur le figuratisme, et qui requiert évidemment la connaissance des textes chinois aussi difficiles que celui du Yi King, nous dégagerons la manière dont Bouvet utilisa la Kabbale.

Si l’on ne sait pas grand-chose sur les études du P. Bouvet(1)1, il est certain qu’avant son départ pour la Chine il avait lu les auteurs où il puisera désormais à pleines mains, notamment l’Œdipus Aegyptiacus du P. A. Kircher, où était exposée la Kabbale, et le traité sur les nombres de Petrus Bongus. Bouvet a noté(12) :

« … peu d’années après mon arrivée dans ce nouveau monde, où je commençai à avoir quelque connaissance de la langue chinoise, des caractères, des figures et des traditions du Ye Kim ou livre des mutations, je soupçonnai sur-le-champ que s’y cachait le mystère sacré et arcane de cette divine arithmétique, ou les vraies raisons symboliques de ces nombres que le divin créateur et réparateur du monde semble avoir manifesté aux anciens législateurs saints du genre humain. »

En effet, pour Bouvet(13) :

« Quoique les plus érudits des écrivains chinois confessent d’une seule bouche depuis deux mille ans, qu’après la mort de leur maître Confucius ait été perdu le sens de toute la doctrine hiéroglyphique de leurs livres canoniques, et surtout du Ye Kim ou livre des mutations, qui renferme sous les formes innombrables et énigmatiques des nombres toutes les sciences, en même temps que les mystères de la religion, néanmoins, parce que cette nation (pour des raisons nombreuses et de poids que j’ai développées ailleurs) me semble le principal rejeton de la famille du patriarche Sem, le premier pontife, après son père, de la loi de nature, et avoir pour ce motif reçu comme par droit héréditaire le très précieux trésor de la sainte sagesse, caché dans les monuments hiéroglyphiques conservés avec le plus grand soin dans l’arche de Noé… cette nation a conservé la partie la plus notable de ce précieux trésor pendant environ cinq mille ans jusqu’à ce présent jour. On y trouve des figures de nombre, les unes plus simples et naturelles, d’autres vraiment et purement magiques, d’autres encore construites par art algébrique ou naturel ou surnaturel. Et la tradition antique reçue par le peuple les recommande comme ayant une origine céleste et contenant les sacrés documents des anges. Elle les tient pour la réserve de l’arithmétique symbolique, dont on dit que le grand Fo Hi s’aida pour bâtir le système entier énigmatique et numérique de son Ye Kim, dans lequel, si l’on accorde foi à cette tradition, son auteur, éclairé par le ciel, traça comme d’un pinceau prophétique, sous les formes mystiques et symboliques des nombres, les événements les plus notables qui se produiraient dans le monde depuis le début jusqu’à la consommation du monde. »

II ne fait pas de doute pour Bouvet, que selon l’oracle même de l’Ecriture(14), le créateur de l’univers fit toutes choses en nombre, poids et mesure, et que par conséquent les nombres sont comme la base fondamentale de la vraie philosophie tout entière, ou sainte sagesse des anciens patriarches, qu’eût infuse d’abord le protoplaste.

Le principal exposé de la correspondance que Bouvet avait découverte entre la Kabbale et la sagesse hiéroglyphique des Chinois porte le titre très explicite de : Pour l’explication de la figure séphirotique de la Kabale des Hébreux, et pour la démonstration générale de l’admirable conformité de la sagesse hiéroglyphique primitive des Chinois avec la Kabale plus ancienne et sincère des Hébreux, propagée depuis le commencement du monde dans la suite des temps par les saints patriarches et les prophètes(15).

Et Bouvet ne cache pas plus longtemps ses sources pour la connaissance de la Kabbale, ce sont les auteurs de Kabbale chrétienne(16) :

« Tout théologien qui aura préalablement lu les œuvres mises en lumière par les écrivains chrétiens au sujet de la Kabbale des Hébreux plus pure et du premier âge, comme Reuchlin, Galatin, Kircher, etc., comme aussi celles que ce dernier auteur a composées avec une singulière érudition sur la sagesse des Egyptiens, et aura pris une connaissance des caractères hiéroglyphiques des Chinois, en méditant les livres canoniques et les traditions les plus anciennes de cette nation, ne manquera pas de constater la plus grande conformité entre la sagesse hiéroglyphique cachée dans les plus anciens monuments des Chinois et la sagesse séphirotique de la plus ancienne Kabbale, celle même que le même Kircher observa après Clément d’Alexandrie entre les arcanes des Hébreux et les mystères des Egyptiens. Il reconnaîtra clairement avec un sentiment de douce consolation qu’exista autrefois dans les premières écoles des anciens sages de Chine la doctrine du Dieu un et trine, créateur de toutes choses, de l’incarnation du fils de Dieu venu reformer le monde. Pour le dire en un mot, c’est la doctrine la plus semblable à la doctrine de l’Evangile… le créateur de toutes choses et le réparateur du monde disposa tout en nombre, poids et mesure, de manière à comprendre tout le secret mystère des œuvres de Dieu en énigme sous les vêtements typiques, soit des 10 nombres élémentaires, soit des 22 lettres de l’alphabet mystique. La sagesse hiéroglyphique des anciens monuments des Chinois conserve ainsi tout le mystère de la sagesse divine sous les symboles des 22 caractères de leur cycle Kia Y, et sous les enveloppes des 10 nombres élémentaires de la figure mystique Ho Tu.

« Pour que nul ne pense que nous parlons gratuitement et que chacun puisse palper la vérité comme avec la main, nous considérerons d’abord un peu plus attentivement la construction mystique de la figure séphirotique, puis nous rechercherons par le comput mystique très simple, commun à cette figure séphirotique de la Kabbale des Hébreux et aux figures et aux dits mystiques de la tradition hiéroglyphique des Chinois, la vraie mesure des temps, que le fils de Dieu (Tien lu), par lequel le siècle fut fait, plaça dans son pouvoir, soit la somme des ans et des jours de la période des deux siècles, dans la double époque déterminée depuis le début de son avènement, tant comme rédempteur que comme juge (dont le jour et l’heure n’est connue qu’à Dieu seul)… »(17).

Bouvet parfois précise sa conception de l’origine de cette Kabbale, qui est celle de Reuchlin, pourtant encore à l’index, et de Kircher(18) :

« … le premier maître de la sainte Kabbale, soit qu’il ait été l’ange précepteur d’Adam même, comme le porte la tradition kabbalistique, soit quelque autre des premiers patriarches, dirigé par quelque intelligence céleste… »

II reprend dans les développements de Kircher sur la Kabbale le thème même de l’orthographe de Jésus, le penta- gramme, qui avait servi de marque typographique à Thomas Anshelm(19) :

« … le vrai caractère du pentagramme YHSWH, Jesuah, formé à partir du tétragramme YHWN, Jehovah, par l’insertion de la sainte lettre Sin, comme le prouve abondamment Kircher(20), appuyé sur l’autorité même des kabbalistes, en particulier de Rabbi Tarphon, auquel il emprunta ces mots : « Zeman ha-teba mistamesh beshem Saday, ha-Torah beshem « YHWH, wezeman ha-Messiah zadquenu beshem YHSWH », c’est-à-dire il y a trois temps, où furent employés trois différents noms de Dieu, le temps de la nature usait du trigram- maton Scadai, le temps de la loi écrite du nom de Dieu tétra- gramme Jehovah YHWH, et le temps du Messie notre juste du pentagramme YHSWH… »

Comme Kircher encore, il ne recule pas devant l’utilisation incongrue d’un texte de kabbale découvert par Reuchlin(21) : « Rabbi Juda rapporte un événement très semblable à une tradition chinoise au sujet de Jérémie (sous le nom duquel je croirai qu’il faut entendre Adam lui-même repenti parfaitement, quand il eut la claire révélation de tout le mystère de la Rédemption) : comme Jérémie, rapporte-t-il, avait lu en le méditant le Livre de la création, vint à lui Bath Col, la fille de la voix (c’est-à-dire la sagesse ou la révélation) qui lui ordonna de travailler pendant trois ans sur ce livre. Ces années étant passées, voici qu’une nuit se présenta à lui un homme nouveau, dont le front portait ces mots en lettres hébraïques : Tétragramme Dieu vrai. Cet homme récemment’ créé, sentant cette écriture sur son front, étendit une main et effaça une lettre, en sorte qu’on lisait : Tétragramme Dieu mort. C’est pourquoi Jérémie frappé d’indignation déchira ses vêtements en demandant la cause de ce changement. Il lui fut répondu : « Parce que partout les hommes ont manqué« de fidélité envers le créateur, qui les créa à son image « et similitude. Alors cet homme tomba en poussière et « disparut. »

Pour Bouvet ces trois ans, devenus d’ailleurs trois et demi, ou 42 mois(22), où il retrouvait le nom de Dieu en 42 lettres, sont les 1 260 jours, nombre fondamental dans le calcul des hexagrammes du Ye Kim, et que, dans la tradition chinoise, Tai Kia(23) passa trois ans et demi auprès du sépulcre de Chim Tarn sous la direction du sage Y Yn, dont le nom diffère cependant de la Bath Col. »

Si le P. Bouvet cite à l’occasion Leone da Modena, sa culture hébraïque semble avoir été superficielle(24), et son livre de chevet est l’Œdipus AEgyptiacus dont il fit reproduire par son dessinateur(25) le fameux Iconismus totius Cabalae, en en garnissant les marges avec des textes en chinois. Nous donnerons donc les principaux passages, qui servent de légende à ces planches particulièrement étonnantes(26).

« La structure tout entière de la figure séphirotique, placée sous le petit cercle de l’Ain Suph, mi-parti lumineux, mi-parti ténébreux, se développe à partir de 10 petites roues, qui tournent autour d’autant de cercles concentriques, et de 22 canaux qui relient, à la manière de poutres, les 10 petites roues entre elles. Les centres de ces petites roues sont scellés des 10 différents noms de Dieu, selon le nombre des 10 premiers termes de la progression arithmétique 1-2-3-4-5-6-7-8- 9-10, qui sont les types de chacun des noms ou attributs divins de même nombre. A la périphérie de chacune de ces petites roues sont inscrits les mêmes 10 noms, de manière que, en raison de la diversité de leur situation, leur nombre atteigne 100. Les 22 canaux, qui relient ces 10 petites roues, sont scellés des 22 lettres de l’alphabet hébraïque.

« De quelque côté que l’on examine cette figure mystique, on a le tableau du système sacré de la Réparation du monde, ou de la construction de l’édifice mystique de l’Eglise, dont l’homme-Dieu est le fondement et le faîte et le véritable architecte. Aussi les 3 petites roues supérieures, à la manière du faîte d’un temple, reliées aux trois premières sephiroih ou aux trois noms divins, la Couronne, la Sagesse et l’Intelligence (comme c’est l’habitude de désigner ces trois hypo- stases divines) semblent signifier proprement la puissance et la vertu des trois personnes divines résidentes en l’unique personne de l’homme-Dieu réparateur du monde, qui dans la tradition hiéroglyphique chinoise se présentent expressément, dans la plus grande clarté, avec les mêmes nombres et des expressions semblables. Quant aux 7 petites roues inférieures, scellées par les 7 autres sephiroih ou noms divins du Messie, ce sont les types des 7 vertus cardinales, par lesquelles celui qui est semblable au fils de l’homme, tenant en sa main 7 étoiles, et marchant au milieu des 7 candélabres d’or pour illuminer les peuples, opère le salut au milieu de l’univers… Ce sont les 7 planètes qui, dans la tradition hiéroglyphique, sont également les types des vertus du divin Réparateur. Et parce que la lune, qui est le type de l’humanité sacrée du Messie, et dont le caractère chinois signifie la chair, tient le lieu le plus bas dans la figure, comme dans le ciel, elle est notée par le nom de Règne ; aussi la petite roue la plus basse est scellée du caractère de la lune et du nombre dénaire, c’est-à-dire la Monade réduite à néant et fixée à la croix, et elle est le symbole de l’Eglise ou royaume du Christ fondé dans l’abjection humaine du fils de Dieu anéanti par l’incarnation et la croix.

« Mais parce que ce divin agneau, immolé depuis l’origine du monde pour la rédemption de tous, et issu pour cette raison du plus haut des cieux afin de parcourir la voie de la rédemption, a placé le trône de sa gloire dans la croix et le tabernacle de son trône dans le soleil, aussi le premier maître de la sainte Kabbale en traçant cette figure, a conjoint les trois sephiroih supérieures, types de la puissance ou vertu trismégiste du divin Réparateur, par un trait droit et transversal en croix, avec la roue médiane des 7 inférieures, scellée du caractère du soleil; typique du soleil de justice, en forme d’un char à quatre roues, élevé sur la tête des Cherubim, tel que le vit Ezechiel ; char de la gloire du Seigneur à quatre roues, comme si la roue était au milieu de la roue, venant depuis le vent d’Aquilon au milieu d’une nuée noire. Et la figure caractéristique céleste et vraiment caractéristique de ce char splendide à quatre roues brille de manière admirable dans la forme du char royal de l’empereur Hoam Ti, type remarquable de notre divin Rédempteur, pour faire entendre, à partir de divers passages bien choisis de la tradition hiéroglyphique que nous avons allégués çà et là ailleurs (tradition qui nous a été transmise sous le nom auguste de ce saint Empereur), que le Réparateur même du monde ainsi décrit s’était armé au début de sa divine expédition, pour parcourir sa route, d’un char préparé en forme de croix, ses roues situées à l’Aquilon parmi les étoiles de la Grande Ourse (vulgairement dite char du roi David), et son essieu avec le siège royal de Hoam Ti au pôle même de l’écliptique, dit ainsi Hoam Kie. Ce qui nous enseigne la voie de toute son excursion héroïque, qui n’est pas le moins du monde différente de l’orbite même du soleil, comme si le dessein de la réparation du monde voulait que d’où avait commencé la ruine originelle, de là commença l’œuvre de la réparation, c’est-à-dire de cet axe de la machine céleste dans les flancs de l’Aquilon, comme le porte la tradition, au commencement même du monde, par ce rebelle obstiné, vrai type de Lucifer, brisé à l’instar du Dragon qui dans la voûte du ciel frappe comme avec ses cornes. Et l’auteur d’une si grande ruine universelle est aussitôt détruit, comme le fit Hoam Ti lui-même, selon le témoignage de la même tradition.

« Le sens sacré de la sagesse hiéroglyphique s’étant perdu, les Chinois ne connaissant plus que l’homme en Hoam Ti lui attribuèrent l’invention du char, ou plutôt de quelque char magnétique et assez mobile pour regarder toujours le pôle… »

On retrouve ainsi au xvnie siècle le grand thème du char de la Mercava que le cardinal Egidio da Viterbo retrouva dans la Kabbale que venait de découvrir Giovanni Pico délia Mirandola, après l’avoir rencontré dans la chaise currule de son pays des Etrusques, et que les Hieroglyphica de Pierio Valeriano vulgarisèrent27. Il se trouve associé à un des grands thèmes d’un autre kabbaliste chrétien, Guillaume Postel, celui de la Restitution du monde à partir d’Aquilon, d’où venait tout le mal, et d’où devait abonder l’or(28).

Bouvet ne manqua pas d’insister aussi sur la correspon dance entre la représentation de l’Ein-Sof et celle du Yin et du Yang(29). « Nous trouvons la pleine confirmation de cette parfaite conformité entre la tradition hébraïque et la tradition chinoise dans ce cercle mystique ténébreux et lumineux tracé au-dessus du faîte de la figure séphirotique, et dans cet autre cercle tout semblable qu’on a coutume de tracer en tête des figures numériques Ho Tu et Lo Xu, qui sont les premières sources de la sagesse hiéroglyphique et symbolique tout entière. Ce cercle mystique appelé par les Hébreux Ain Suph signifie l’Etre infini, éternel, caché, essence des trois hypostases divines, source de toutes les idées, principe de toutes choses, est le même selon les maîtres de la sagesse hiéroglyphique que ce qui est appelé Yn Yam, lumière et ténèbres, Tai kie, premier principe, Tai ye, la plus grande Unité, Tao, loi, vie, raison, sagesse et qui signifie vraiment, comme il a été prouvé largement dans un écrit envoyé d’ici à Rome il y a cinq ans, l’Etre suprême et le principe de toutes choses, vraiment trine et très simplement un. »

Certes, Bouvet savait-il discerner les différences, mais elles ne pouvaient que confirmer son système(30) :

« Qui jettera seulement les yeux sur la figure propre du système hiéroglyphique des Chinois tracée en marge de la figure séphirotique observera la différence dans la disposition des 7 planètes inscrites en 7 cercles d’avec celle des 7 petites roues de la figure séphirotique ; puis la différence entre les 3 autres grands cercles de la figure chinoise et les 3 petites roues suprêmes de la figure séphirotique ; et encore la différence entre le cercle ténébro-lumineux chinois et celui de l’Ain Suph. Cette simple inspection fera percevoir aussitôt, sans aucun doute, que cette figure de la tradition chinoise est la vraie inversion de la figure séphirotique et comme le tableau du monde perverti et corrompu, tandis que la figure séphirotique est la véritable image du monde réparé, esquissé sous les nombres de la sagesse hiéroglyphique, et il en conclura à l’identité de l’origine primitive tant de la tradition hiéroglyphique que de la tradition séphirotique. »

Sans entrer plus avant dans des développements remplis, comme le disait Bouvet à Souciet, « d’une multitude de calculs d’une forme inconnue », il reste encore à montrer comment le P. Kircher avait ouvert la voie aux délires de Bouvet en introduisant dans ses développements kabbalistiques le nom gnos- tique de Yao(31) :

« Kircher(32) observe que le nom de Dieu tétragramme n’avait pas été ignoré des anciens écrivains païens, et que le nom de Jésus contient toutes choses… Il prouve la première partie de cette observation avec divers exemples, et allègue entre autres certains sceaux(33) gnostiques, où l’on lisait gravé le nom de Iao, le même que celui du Tétragramme Jehovah, que l’on trouve ainsi écrit ) ] > dans quelques passages de certains exemplaires du texte sacré(34). Mais ce nom mystique, soit qu’on suive sa prononciation, soit qu’on suive son écriture, semble le caractère particulier du Verbe divin ou du Fils de Dieu, qui selon qu’il a dit de soi-même : « Je suis l’alpha et « l’oméga, le principe et la fin de toutes choses, et qui est connu « par les fidèles comme le Médiateur de tous les hommes ; « il ne pouvait être appelé d’un nom plus approprié que de « celui de Iao constitué par la première, la médiane et la der- « nière des voyelles… »(35).

« Mais ce qui est encore plus digne d’attention, c’est que ce nom admirable a été de tout temps le plus célèbre chez les Chinois, qui le tinrent en très grande révérence. Encore que chez eux, depuis, comme ils l’avouent, que s’est perdue l’intelligence du sens intime et vrai des livres canoniques, cette auguste appellation ne s’applique qu’à l’un des rois de leurs chroniques, paré de la splendeur de toutes les vertus. Les Chinois n’ont pas remarqué que tous les dons et les vertus sublimes que les livres canoniques attribuent au saint roi Yao et aux autres monarques semblables des chroniques ne conviennent qu’au seul roi suprême, maître des rois, sauveur de tous les hommes, très bellement masqué sous les noms mystiques de ces saints rois, et d’abord du saint roi Yao, comme il a été assez abondamment prouvé ailleurs et non seulement par moi… La lettre hiéroglyphique du nom de ce roi mythique, Yao [ ], est constituée d’une triple croix ou du caractère de la décade, qui équivaut au triple Iod ; en outre la lettre Gin souscrite à la triple croix signifie ici l’homme ou le microcosme, exprimé par la figure du cercle dans le caractère cité. Mais outre la prononciation et l’écriture, le nom de Iao s’applique à la personne, puisque le livre canonique Xu Kim (36) et ses interprètes parlent de lui comme du Dieu créateur et principe de toutes choses, soleil de justice, espérance de tous les hommes, en affirmant que le roi Yao et le roi Xun, son digne successeur, furent véritablement cachés sous les types des hexagrammes cardinaux du système du Ye Kim, Kien et Koen, qui sont les deux principaux caractères du Dieu créateur et rédempteur. Le premier, Kien, avec sa valeur numérique de 216, le triple du nombre 72 du Tétragramme, est le symbole de la justice, et le second, avec sa valeur numérique de 144, le double du nombre 72, est le symbole de la miséricorde ; et les deux réunis avec la valeur quintuple du nombre 72 du Tétragramme forment le caractère symbolique des deux principales vertus du divin Rédempteur, caché dans les hiéroglyphes des Chinois, comme dans le système séphirotique des Hébreux. »

Quand on se rappelle l’intérêt que Leibniz prit tant pour les choses de la Chine que pour la Kabbale, qui suscita alors les travaux de son ami Mercure Van Helmont, Christian Knorr von Rosenroth et Henry More, il n’était pas inutile de rappeler comment en plein xvine siècle un découvreur de terres nouvelles crut comme un Egidio da Viterbo, au moment même des grandes découvertes, avoir trouvé dans la Kabbale la clef de secrets restés cachés, sinon depuis la constitution du monde, comme disait un Guillaume Postel, du moins aux doctes de leur temps(37).

Francois Secret.

1. La Chine, Paris, 1932, p. 347 s. 2. Le P. Gaubil et ses correspondants (1689-1759), Bull. Univ. Aurore, 1944, sér. Ill, t. 5, n. 2, p. 365. Nous remercions le P. Dehergnes d’avoir bien voulu nous signaler l’existence des manuscrits de J. Bouvet, et de nous avoir permis d’utiliser sa riche bibliothèque. Bien des ouvrages que nous avons consultés n’existent pas en effet à la Bibl. Nationale, et notamment la thèse dactylographiée de P. A. Rule, K’ung-Tzu or Confucius. The Jesuits interpretation of Confucianism, 1972. 3. The ancient Theology, Studies in Christian Platonism from the Fifteenth to the Eighteenth Century, Londres, 1972, p. 195. 4. P. A. Rule, op. cit., p. 418, a nettement établi que les manuscrits des Archives de Jésuites de France, Brotier 143-145, « are in the hand of Bouvet » ; ce que confirme l’archiviste, le P. J. Dehergnes. 5. Revue, p. 218. 6. Documents, Paris, 1932, p. 25. 7. E. Souciet (1671-1744) est un des bons orientalistes du temps ; cf. Recueil de dissertations critiques sur des endroits différents de Г Ecriture sainte, Paris, 1715 ; Critique de la bibliothèque des auteurs ecclésiastiques, Paris, 1729. 8. C’est la grande préoccupation de Bouvet, cf. Brotier 143 : « Nova expositio periodi consummationis saeculi seu systematis temporum propheticorum » ; Brot. 144 : « Vera temporum propheticorum ratio et mensura ab annis 1615 et ultra faeliciter détecta in leroglyphicis Sinarum monumentis. » Cf. lettre in Revue de V Extrême-Orient, p. 68 : « П est probable que l’époque future de la conversion générale de toutes les nations précédées de la projection de la première bête de l’Apocalypse et de sa période, aussi bien que de la détention de Satan enchaîné dans l’abysme pendant des millénaires d’années du Règne universel de J.-C. sur toutes les nations, réunies dans le sein de l’Eglise, et plusieurs autres propositions semblables comme la durée du règne de l’Antéchrist, proche de la consommation des siècles, il est, dis-je, bien probable que tout cela aura paru d’abord à V. R. fort extraordinaire et un peu hardi, néanmoins une si grande foule de raisons m’ont porté à pousser mes calculs jusques là que j’ay peine à croire que ce soit sans aucun fondement solide… »

Revue de l’histoire des religions, n° 1/1979

9. Cf. J. С Gatty, éd. du Voyage de Siam du P. Bouvet, Leyde, 1963, p. ex (bibliographie chronologique des écrits de Bouvet).

10. P. A. Rule, op. cit., p. 408 s. ; A. H. Rowbotham, The Jesuit Figurists and eighteenth century religious thought, in Journal of the History of Ideas, XVII (1956), p. 471.

11. Cf. sur le cas d’un autre Jésuite, grand hébraïsant : Un kabbaliste chrétien oublié : Jean Phelippeaux, jésuite du xvne siècle, Annuaire, LXXXII (1973-1974).

12. Rrolier 145, Specimen elementorum arilhmeticae formalis et symbolicae, in velustiori Sinarum traditione foeliciter detectae, ex cujus principiis generantur plurimae ac diversae numerorum seu flguralorum, seu periodicorum formae, quibus uti temporum propheticorum characteres, et celebriores, ne dicam omnes epochae sacrae videntur cum mira praecisione et veluti propriis suis sigillis consi- gnati, fol. 53 : « Ideo paucis annis post meum in hune novum orbem adventům, ubi aliquam linguae characterum praedictarum fîgurarum ac traditionum notitiam habere coepi, illico suspicatus in his fîguris forte latere sacrum et arcanum mystérium illius divinae arithmeticae, seu veras notiones rationes symbolicas illorum numerorum quos divinus mundi creator et Reparator, insti- tuendo priscos et sanctos generis humani legislatures, videturiis manifestasse… »

13. Ibid. : « Licet porro eruditissimi quique Sinarum scriptorum a bis mille annis uno ore confiteantur, post magistři sui Confucii mortem arcanum sensum totius doctrinae ieroglyphicae suorum librorum canonicorum et praesertim libri mutationum Ye Kim scientias omnes cum ipsis religionis mysteriis invol- ventes, sub aenigmaticis et innumeris numerorum formis, cum his apud se penitus defecisse : nihilominus, quoniam haec natio (quae ob plurimas nec levés rationes, jam a me partim prolatas, mihi videtur soboles capitalis totius prosapiae Patriarchae Sem, primi post patrem pontificis legis naturalis et eo nomine veluti haereditario jure ab eo accepisse pretiosissimum thesaurům totius sacrae sapientiae, in monumentis ieroglyphicis reconditum, et haud dubie cum summa cura in area servatum a Noe, principis prophetarum et hiero- glyphicorum parentis nepote et futuro post diluvium novi populi primo et universali magistro, quia, inquam, haec natio notabiliorem hujus pretiosi thesauri portionem circiter per quinque annorum millia usque ad praesentem aetatem, cum foelici studio servavit, et in eo etiamnum reperiuntur non paucae figurae numeri, aliae simpliciores et naturales, aliae vere et pure magicae, aliae vero arte algebrica seu natural i seu praeternaturali constructae, quas antiqua et vulgo recepta traditio commendant ut habentes originem coelestem continentesque sacra angelorum documenta, demum praedicat tanquam promp- tuarium arithmeticae symbolicae, cujus adminiculo suffultus fertur magnus Fohi condidisse integrum systema aenigmaticum et numericum sui Ye Kim, seu libri mutationum, in quo si fides habetur traditioni, ejus auctor coelitus illustratus, penicillo veluti prophetico sub mysticis ac symbolicis numerorum formis delineavit notabiliores eventus in mundo contingentes ab initio usque ad consummationem saeculi… »

14. Ibid. : Cum certo constet ex ipso divini textus oraculo, universi condi- torem fecisse omnia in numero, pondère et mensura {Sap. XI, 21), et ea perfecisse in sapientia ; hinc necessario sequitur, numéros esse velut basim fundamen- talem totius verae philosophiae, seu sacrae priscorum patriarcharum sapientiae, ipsi protoplasto hominum parenti primitus infusae. »

15. Pro exposilione figurât sephiroticae Kabalae Hebraeorum et generatim demonstranda mira conformitate primaevae Sinarum sapientiae hieroglyphicae, cum aniiquiore et sincera Hebraeorum Kabala, ab ipso mundi primordio, per sanclos patriarchas et prophetas successive propagata (Brotier 145, fol. 141).

16. Ibid. : « Quivis thelogus praemissa lectione eorum, quae a scriptoribus christianis in lucem édita sunt, de puriore et primaeva kabala Hebraeorum, quales sunt Reuchlinus, Galatinus, Kircherus, etc., nec non eorum, quae ab hoc postremo autore cum singulari eruditione scripta sunt de sapientia Aegyp- tiorum, et his omnibus mente bene imbuta, cum notitia et intelligentia compétente characterum ieroglyphicorum Sinensium, paulo diligentius incubuerit in studium librorum canonicorum et antiquiorum hujus gentis traditionum, certo certius brevi et sine multo labore observabit multo majorem similitudinem et conformitatem inter sapientiam ieroglyphicam in vetustissimis Sinarum monumentis reconditam, et sapientiam sephiroticam antiquioris kabalae, quam ipse Kircherus post Clementem Alexandrinum observavit inter arcana Hebraeorum et Aegyptiorum mystéria, clareque agnoscet cum suavi solatii sensu, olim in primis priscorum sapientium Sinarum scholis extitisse doctrinam de Deo uno et trino, rerum omnium conditore, de Filii Dei incarnatione, et mundi per ipsum reformatione : uno verbo doctrinam doctrinae evangelicae simillimam, nec nisi symbolice et prophetice ab ea diversam et ideo plane conformem primaevae kabale Hebraeorum quae, quia omnium conditor et mundi Reparator Dominus omnia disposuit in numero pondère et mensura, uti totum arcanum divinorum operum mystérium aenigmatice comprehendit, sub typicis sive decem numerorum elementarium sive 22 mystici alphabeti sui literarum vestimentis, sic ieroglyphica veterum monumentorum sinensium sapientia hoc idem totum divinae sapientiae mystérium occultum servat, sub symbolis 22 mystici cycli sui Kia Y characterum, et eorundem decem numerorum elementarium mysticae flgurae Ho tu tegumentis. »

17. Ibid, : « Sed ne qui soli hujusmodi fîgurarum seu traditionum cortici inhaerere soient, statim judicent nos de iis omnino gratis tam magnifiée sentire ac loqui, ac possint ipsimet veluti manu palpare veritatem mystérii sacri sub iis reconditi, et communis Hebraeorum ac Sinarum quoad hoc traditionis conformitatem, primo loco paulo attentius consideremus mysticam figurae sephiroticae constructionem, perpendendo aliqua purioris traditionis cabalis- ticae dicta ad earn pertinentia, deinde his premissis, investigabimus per mys- ticum ac simplicissimum computum huic sephiroticae kabalae Hebraeorum figurae communera, cum mysticis ieroglyphicae Sinarum traditionis fîguris et effatis, veram temporum mensuram, quae Filius Dei (Tien iu) per quern factum est saeculum posuit in sua potestate, sive summam annorum et dierum periodi utriusque saeculi, utriusque ejus turn ut Redemptoris turn ut Judicis (post flnem posterions periodi, nondum judicium cujus dies et hora soli Deo nota) adventus epocha duplici ab initio determinata. »

18. Brot. 145, fol. 159 : « Primus sacrae kabalae magister, sive fuerit angélus ipsius Adami praeceptor, ut fert traditio cabalistica, sive quivis alius e primis patriarchis, ab aliqua coelesti intelligentia directus. »

19. Brot. 145, fol. 166 : Kst verus character pentagrammatis YHSWH Jhsuh, ex tetragrammato YHWH, Jehovah formatus per insertionem sanctae, seu mediae Hterae S, Sin, ut fuse probat Kircherus, fundatus in ipsa autoritate cabalistarum, praesertim Tarphon inter hos celeberrimi, ex quo excerpsit haec verba : Zeman ha-teba… id est tria sunt tempora, quibus usitatae fuerunt tria diversa Dei nomina, tempus naturae utebatur (trigrammaton) Schadai, SDY, tempus legis scriptae nomine Dei tetragrammato Jehovah, YHWH, et tempus Messiae justi nostri (pentagrammato) nomine YHSWH, Jhsuh, quae singula nomina, ut rite observât Kircherus, sunt in nomine Dei tetragrammato… »

20. Œdipus Aegyptiacus, II, Г, p. 286 ; cf. Brot. 143, fol. 143.

21. Brot. 143, fol. 55 : « Kircherus in Cabala Hebraeorum de nomine Dei literarum quatuor refert ex: R. Juda eventum huic traditioni Sinensi quamsimil- limum de Jeremia (sub cujus nomine crediderim intelligendum esse ipsum Adamům perfecte poenitentem, ubi habuit revelationem claram totius mystérii Redemptionis) cum Jeremiáš, ait (fol. 56) Kircherus, meditabundus legisset librum Jezirah, de creatione, venit ad eum Bath Col, filia vocis, (id est sapientia seu revelatio) quae tribus annis cum dieto libro insudare jubebat. Quibus elapsis, ecce mox ipsi se novus homo exhibuit, cujus irons hae verba hebraicis literis prae se ferebat Tetragrammaton Deus verus, sentiens autem hinc recens creatus homo scripturam in fronte, extensa manu unam literám delevit, ita ut jam legeretur : Tetragrammatus Deus mortuus, quare Jeremiáš indignatione perculsus scidit vestimenta sua, quaerens causám hujus mutationis. Respondit ille, quoniam defecerunt ubique a fldelitate Creatoris qui nos creavit ad imaginent et similitudinem suam, etc. Demum factus est dictus homo pulvis, et sic disparuit. » Cf. Œdipus JEgyp., II, I, p. 244 ; De arte, éd. Pistorius, p. 720.

22. Brot. 143, ibid. : « Considéra ta perfecta similitudine quoad substantiam utriusque hujus Sinarum et Hebraeorum traditionis, nec non quoad consum- mationem temporis trium scil. annorum post quos Adamus intra sex menses sequentes, meo judicio censendus est accepisse distinctam revelationem omnium mysteriorum legis evangelicae, ac proinde Jeremiáš, seu Adamus, insudasse très annos cum dimidio seu menses 42 continuos in meditatione mysteriorum creationis et redemptionis, fllia vocis, Bath Col, primo invisibiliter deinde visibilem ejus mentem illustrante : toto hujus mystici et sacri mensium 42 numeri spatio. Qua de causa haec traditio cabalistica videtur conjuncta cum mystico Dei nomine literarum 42, qui mensium 42 sive dierum 1 260 (12 X 3 + 6 = 42 ; 360 X 3 + 180 = 1 260) numerus quem demonstramus esse fundamentalem in compute magico hexagrammatum Ye Kim, cum sit aeque sacer in traditione ieroglyphica, non immerito dici potest Tai Kia pariter tribus annis cum dimidio resedisse propter sepulchrum Chim Tan, sub disciplina et directione sapientis Y yin a fllia vocis Bath Col, ut videtur, non nisi nomine diversi. »

23. « Tai Kia (alter Adami typus) », dit plus bas Bouvet.

24. Par exemple dans Brotier 145, fol. 115 : « Observatio est facienda super numéros duplicis literae nominis Tetragrammati, nempe literae Vau cujus numerus 5, ex primo pari 2 et primo impari 3 compositus, et litera He cujus numerus 6, pariter a primo pari et primo impari… » (c’est le Waw qui vaut 6 et le Ile 5) ou Brotier 143, fol. 164 copiant Œdipus, II, I, p. 269 : « Ut fuse Pardes hoc mystérium explicans in Porta 16 loquitur… » (le texte se trouvant dans le Pardes ha-rimonim, Porta 20).

25. Bouvet a noté : « Haec figura excerpta est ex Œd. JEg. Kircheri, sed errata, quibus scatet, tribuenda sunt imperitiae incisoris sinensis. »

26. Brot. 145, fol. 158 : « Figurae sephiroticae orbiculo Ain Suph partim lucido partim obscuro subjectae, structura tota coalescit ex decem rotulis, circa totidem circulos concentricos volubilibus, et ex 22 canalibus, tignorum instar rotulas decem inter se connectentibus, rotularum centra sunt signata decem diversis Dei nominibus, juxta numerům decem primorum terminorum progressions arithmeticae 1.2.3.4.5.6.7.8.9.10, qui sunt singulorum nomi- num seu totidem divinorum attributorum typi. Earundem in peripheria singil- latim inscripta sunt eadem divina nomina simul, ita ut propter situs diver- sitatem horum numerus ascendat usque ad centum, canales 22, quibus decem rotulae connectuntur signati sunt literis 22 alphabeti hebraici. « Siquidem haec figura mystica ex quacumque parte spectetur est iconismus sacri systematis Reparationis mundi, seu constructionis mystici Ecclesiae aedifîcii, cujus homo Deus est fundamentům et fastigium verusque archi- tectus ; ideo très rotulae superiores, fastigii templi more conjunctae cum tribus primis sephiroth 1.2.3 seu divinis his nominibus (Corona, sapientia, fol. 150) et Intelligentia, cum vulgo accipi soleat pro tribus divinis hypostasibus, videntur proprie signifîcare trium personarum potestatem et virtutes in una hominis Dei et mundi Reparatoris persona, résidentes, quae in ieroglyphica Sinarum traditione cum summa claritate, et cum iisdem numeris ac similibus verborum formulis expresse occurrunt, septem vero rotulae inferiores, reliquis septem sephiroth 4.5.6.7.8.9.10, seu divinis Messiae nominibus signatae, sunt typi septem capitalium virtutum, quibus similis fîlio hominis, qui tenet 7 stellas in manu sua, et qui ambulat in medio 7 candelabrorum aureorum ad illumina- tionem gentium (cf. Apoc. I, 13) operatur salutem in medio universi, qui 7 pla- netae in traditione ieroglyphica sunt pariter similium divini Reparatoris virtutum typi. Et quia luna, quae est typus sacrae humanitatis Messiae et cujus character sinensis signiflcat carnem, infîmum locum tenet in figura, sicut in caelo, et est Regni nomine notáta, ideo infima flgurae rotula, lunae charactere et denarii numero, id est Monadis exinanitae et cruci afïîxae signata, est symbolům Ecclesiae seu Regni Christi, fundati in humana Filii Dei per incarna- tionem et crucem exinaniti abjectione. « At quoniam divinus hic agnus, ab origine mundi occisus (cf. Apoc. XIII, 8 selon la Vulgate, car le texte parle de « ceux dont le nom n’a pas été écrit dans « le livre de vie de l’Agneau immolé, dès la fondation du monde ») pro omnium redemptione et a summo caelo ea de causa egressus ad currendam viam Redemp- tionis, gloriae suae thronum posuit in cruce et throni sui tabernaculum in sole (cf. Ps. XVIII, 6) ; idcirco primus sacrae kabbalae magister (cf. le texte cité n. 17), mysticam hanc figurám delineando, très superiores sephiroth, ter maximae divini Reparatoris potentiae ceu virtutis typos, recto et transverso in crucem ductu conjunxit, cum 7 inferiorum rota media, Solis charactere signata, Solis justitiae typica, in formám currus quatuor rotarum super caput Cherubim exaltati, qualis visus est Ezechiel : currus gloriae Domini rotarum 4, quasi sit rota in medio rotae, a vento aquilonari veniens in medio nubis atrae, cujus splendidi 4 rotarum currus, coelestis vereque characteristica figura mirum in modum relucet in forma regii currus imperatoris Hoam Ti, insignis typi divini Redemptoris nostri, ut intelligetur ex diversis bene selectis tradi- tionis ieroglyphicae locis alibi passim allegatae, quae traditio sub augusto hujus sancti Imperatoris nomine, ipsum mundi Reparatorem describens, initio divinae suae expeditionis accinctum ad currendam viam, mystici ejus currus in crucis forma párati, rôtis ad Aquilonem intra stellas Ursae majoris (vulgo currus régis David) collocatis, et ejus axe cum regia Hoam Ti sede in ipso polo eclipticae, ideo dieto Hoam Kie, docet totius heroicae ejus excursionis viam, ab ipsa Solis orbita minime diversam, divino scilicet mundi reparandi consilio veluti exigente, ut unde coeperat ejus ruina originalis, inde reparationis opifï- cium duceret initium, hoc est ab illo machinae coelestis axe in lateribus Aqui- lonis, ut fert traditio, in ipso mundi primordio, per rebellem et pervicacem eum verum Lucifeři typům, Draconis instar in coeli fornicem veluti cornibus impin- gentem, confractum. Et ipsum tantae et tam universalis ruinae auctorem statim contereret, uti ab eodem Hoam Ti factum esse, eadem traditio testatur. « Propter antiquam illam de curru Hoam Ti traditionem ex quo sacer sapientiae ieroglyphicae sensus interiit : Sinae in illo nihil agnoscentes nisi humanum ei tribuunt primam curruum inventionem, seu potius cujusdam currus magnetici et ita versatilis, ut polum semper respiciat. Neque enim jam attendunt mysticum illum currum non alium esse juxta priscorum sapientum mentem quam constellationem Pé teu seu crucem borealem suae astronomiae in coelesti seu ursa majore sitam, prorsus ignorantes sanctum hune chronici mythici heroem esse verum typum Salvatoris, qui ut peccatores Orco exosos et in hoc mundo ferarum instar errantes ad Deum reduceret, crucem pro curru conscen- dens, rectam omnibus ad coelum aperuit viam. In quo clare patet ratio cur Hoam Ti vocetur Hiuen yuen, hoc est nomine a recto et transverso crucis ligno desumpto, et cur traditio ferat hune fuisse regem regni ursorum Yeu hium que, si quidem genus humanum cujus reformationem et regimen suscepit dux et Salvátor noster, totum sine ipso fuisset semper ferinis moribus, et quia Chi yeu (verus Lucifeři typus) auctor primaevae caliginis, quae mentem creaturarum obscuravit, fertur contritus ab Hoam Ti typo Messiae salvatoris… »

27. Cf. Notes sur Egidio da Viterbo, Augustiniána, XXVÍI (1977), p. 214.

28. Cf. Notes sur G. Postel, Bibl. ďHumanisme et Renais., XXXV (1973), p. 97.

29. Brotier 145, fol. 160 : « Hujus summae conformitatis plenám confirma- tionem habemus in illo mystico circulo obscuro-lucido supra flgurae sephiro- ticae fastigium delineato et in alio huic simillimo circulo eadem de causa et cum simili significatione delineari solito in capite flgurarum numericarum Ho tu et Lo xu, qui sunt primi fontes totius sapientiae ieroglyphicae ac symbolicae. Siquidem mysticus hic circulus ab Hebraeis dictus Ain Suph et signifîcans Ens inflnitum, aeternum, reconditum, trium divinarum hypostaseon essentiam, fontem omnium idearum, rerum omnium principium, ac idem juxta sapientiae ieroglyphicae magistros dictus Yn Yam, lux et tenebrae, Tai kie primům principium, Tai ye, unitas maxima, Tao lex, via, ratio, sapientia et vere signiflcat ut fuse probatum est in scripto ante quinque annos hinc Romam misso (fol. 161) entium omnium supremum ac principium universorum, vere trinum et simpli- cissime unum. »

30. Brotier 145, fol. 161 : « Sed qui solummodo conjectis oculis in figurám ieroglyphici Sinarum systematis propriam hic ad latus fîgurae sephiroticae delineatam, in ea observando 7 planetarum in 7 circulis dispositionem, seddiversam ab ea quam habent in 7 inferioribus rotulis fîgurae sephiroticae ; deinde advertendo très alios majores circulos fîgurae sinensis, respondentes tribus supremis rotulis figurae sephiroticae ; sed in his ab his plane diverso ; ac demum circulum obscuro-lucidum, situ et forma diversissimum a circulo Ain Suph flgurae sephiroticae ; ex hac simplici inspectione haud dubie illico per- cipiet, illam sinensis traditionis figurám esse veram fîgurae sephiroticae inversae et confuse corruptionem, seu veluti iconismus mundi perversi et corrupti, sicuti figura sephirotica videtur imago vere typica mundi reparati, sub numeris fîguris sapientiae ieroglyphicae adumbrati, unde colliget consequenter identi- tatem primevae originis tum ieroglyphicae turn sephiroticae traditionis. »

31. Brotier 145, fol. 165 : « Post haec observât Kircherus nomen Dei tetra- ■grammatum priscis paganisque scriptoribus non fuisse incognitum, et quod in nomine Jesu continebantur omnia, que hucusque dicta šunt. Priorem hujus observationis partem probat diversis exemplis inter quae allegat quaedam Gnosticorum schemata, in quibus incisum spectatur nomen Iao, idem scilicet ас Tetragrammaton Jehovah quod sic scriptum ) ‘ ) occurrit in aliquibus quorundam sacri textus exemplarium locis, sed hoc mysticum nomen, sive secundum pronuntiationis sive secundum Scripturae rationem spectatum videtur specialis character verbi divini seu fîlii Dei, qui cum de se ipso dixerit : Egosum alpha et omega (cf. Apoc. I, 8) rerum omnium principium et finis, et a fidelibus agnoscatur ut omnium hominum mediator, non poterat aptiore sono seu voce appellari quam vocabulo Iao prima, media et ultima vocalium constante… Sed quod est majore dignum observatione, hoc mirabile nomen est ab omni aevo celeberrimum et in summa reverentia apud Sinas, etsi ex quo apud eos periit, ut ipsi confîtentur, intelligentia intimi et sani sensus librorum cano- nicorum, sub hac augusta appellatione non agnoscant nisi unum e veteris sui chronici regibus, omnium virtutum splendore ornatum, non advertentes omnes illas sublimes dotes ac virtutes, quas libri canonici tribuunt régi Yao, et aliis similibus veteris chronici sui monarchis, non competere nisi uni supremo régi regum domino, hominum omnium salvatori, sub mysticis illorum SS regum atque inprimis S. régis Yao nominibus pulcherrime adumbrato, ut alibi satis fuse non a me solo probatum est, non tantum ratione nominis vere divini et simillimi quoad pronuntiandi et scribendi formám, divino nominis IAO supra allegato ) * ) (siquidem littera ieroglyphica nominis illius mythici régis, nempe j-^i- Yao constat triplici cruce seu decadis charactere aequivalente tri- plicato loď superioris characteris, et praeterea littera gin triplici cruci subjecta, quae littera signifïcat hic hominem seu microcosmum, in superiore charactere circuli figura expressům), sed efiam ratione personae, cum textus libri canonici Xu kim et ipsi interprètes de eo loquuntur, sicuti de Deo rerum omnium prin- cipio et conditore, ac de sole justitiae hominum omnium expectatione, asserendo regem Yao et regem Xun dignum ejus successorem, esse vere adumbratos sub typis duorum capitalium hexagrammatum Kien et Koen Ye Kim systematis, qui sunt duo praecipui characteres Dei creatoris et redemptoris ; et quorum prius Kien cum potestate numerica 216, Tetragrammati numeri 72 tripla, est symbolům justitiae, et posterius cum potestate numerica 144, numeri 72 dupla, est symbolům misericordiae : et ambo conjunctim sumpta cum potestate numeri ejusdem tetragrammati 72 quintupla, sunt character symbolicus duarum prin- cipalium virtutum divini Redemptoris, in ieroglyphicis Sinarum sicut in sephi- rotico Hebraeorum systemate adumbrati. »

32. Œdipus JEgypliacus, II, I, p. 283.

33. Ibid. : « Medalia quaedam, vel potius Cameaea Gnosticorum. »

34. Œdipus, II, I, p. 235, citant le « Pardes ha-Rimonim, Chaldaica Para- phrasis manuscripta et Constantinopolitana editio ».

35. Le manuscrit de Bouvet comporte à la marge la citation d’un texte chinois.
36. On retrouvera facilement dans La pensée chinoise de M. Granet par exemple le XU Kim (Chou King), le roi Chouen, les K’ien et K’ouen, etc.

37. Cf. F. Secret, Les kabbalistes chrétiens de la Renaissance, Paris, 1964.

Inscrivez vous

Abonnez-vous à notre newsletter pour recevoir les mises à jour par e-mail.

Les commentaires sont fermés.

l'appel de la sagesse |
etenite |
Les Témoignages de la Greno... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Tariq RAMADAN
| Eveil à la foi - Andrésy, C...
| fleurdefoi