RESUME DU FA-KIU KING

Par Léon Wieger

 

« Rien de ce qui est, ne reste tel qu’il est. La prospérité et la décadence alter­nent.Tout homme qui est né, devra mourir.

La cessation de cette impermanence serait le bonheur.

Il en est des hommes comme des vases que forme un potier ; tous serviront durant un temps, et finiront par être brisés.

Comme l’eau courante qui s’en va et ne revient pas, ainsi s’écoule la vie hu­maine, flux qui passe et ne retourne jamais. Chaque jour, chaque nuit, emporte une certaine quantité de vie.

Dans l’incertitude générale, quatre choses seulement sont assurées ; à savoir que…

1- l’état actuel ne durera pas…

2- à la richesse succédera la pauvreté…

3- à l’union succédera la discorde…

4- la vie sera terminée par la mort.

La mort ne s’évite pas.

Ne fuyez, ni dans les airs, ni dans les mers, ni dans les montagnes. Envisagez-la avec calme. C’est par la considération de l’impermanence, que le moine triomphe des armées de Māra (le tentateur) et se tire de la roue des renaissances.

La foule ignare des mortels ne pouvant arriver en masse au salut, le Sage s’i­sole et suit sa voie, heureux comme l’éléphant échappé d’un troupeau, qui a re­couvré la liberté.

L’aspirant doit se protéger par l’observance, et s’avancer en augmentant sa science. Avec la science, la foi grandit et s’enracine. Ainsi parvient-on au nirvāna, l’état qui ne change plus.

Recevoir l’instruction, c’est comme si, étant aveugle, on recevait des yeux. C’est le plus grand de tous les bonheurs. Plus on écoute humblement, plus on grandit en science. La science donne la foi.

La foi traverse les ténèbres de ce monde, comme un navire franchit l’océan. Laissant en arrière les maux et les soucis, elle aborde à l’autre rive. Foi ferme, humble acquiescement, durable persévérance, voilà la voie du salut.

Celui qui veut vraiment mener une vie réglée, doit garder ses sens de toute dissipation, manger et boire modérément, ne dormir que le temps nécessaire, surveiller et gouverner ses pensées. Qu’il ne perde pas de vue le Buddha, sa Loi et son Ordre. Qu’il n’oublie jamais, que tout ce qui l’entoure, est vide et vain. Qu’il remplisse ses devoirs et soit charitable.

Il ne faut pas tuer un être qui a vie. Il ne faut blesser ni même heurter personne. Sauver une vie est plus méritoire que tous les sacrifices (brahmaniques) aux dieux. Il faut être patient et poli, évitant ainsi les conflits et les haines.

C’est la pensée qui fait l’homme ; qui le fait bon ou mauvais, selon qu’elle est bonne ou mauvaise. L’esprit dirige, l’esprit oriente. Un esprit bon produit des actes bons et de bonnes paroles. Un esprit mauvais produit tout le contraire.

Rien de plus pernicieux que l’erreur. Rien de plus important, que de discerner le vrai du faux. Rien de plus nécessaire, que de réprimer ses propres imaginations, et de repousser les insinuations d’autrui.

Qui fait le bien, est heureux maintenant, et sera heureux dans la suite. Qui fait le mal, est malheureux maintenant, et sera malheureux dans l’avenir. Mal agir, empoisonne la vie présente, et pèsera sur les vies futures.

Les préceptes et les règles paraissent être peu de chose. Mais ce peu de chose, en détruisant le reliquat de la dette morale, procure le plus considérable de tous les biens. Quiconque s’est converti sincèrement, deviendra, par l’observance, de plus en plus ferme. Il fera du bien, à soi-même et à autrui.

Le corps sera détruit tôt ou tard, et l’esprit devra émigrer ailleurs. Alors pourquoi tenir à son corps ? pourquoi le considérer comme une demeure stable ?.. Il faut vous détacher de tout, y compris de vous-même ; personne, même votre père et votre mère, ne pourra faire cela pour vous. Il faut vous garder des séductions de ce monde, comme la tortue qui ramasse ses quatre pattes, sa tête et sa queue, sous sa carapace, pour les mettre à couvert. Seul l’Illuminé, le Détaché, qui consi­dère la terre comme un tas de sable et l’univers comme un mirage, triomphe dans la lutte contre Māra (le tentateur). Semblable au lotus qui s’épanouit glorieux dans l’étang près de la route, charmant les yeux et embaumant l’air ; ainsi, en dehors de la voie où se pressent ceux qui vont d’existence en existence, le Sage s’épanouit dans la dignité et la paix des vrais disciples du Buddha.

Le salut n’est pas dans la multiplicité des textes récités ou des offrandes faites. Réciter mille strophes qu’on ne comprend pas, n’est rien. Réciter une seule senten­ce que l’on goûte, c’est beaucoup. S’assimiler une vérité puis agir en conséquence, voilà ce qui achemine vers le salut. Et pour ce qui est des offrandes, le mérite n’est pas dans leur valeur intrinsèque ; il est proportionné au cœur avec lequel elles sont faites.

Avoir la tête rasée, quêter sa nourriture, garder le silence, sauver la vie des petites bêtes, ces choses-là ne suffisent pas pour faire un moine. Ce qui fait essen­tiellement le moine, c’est l’extinction de toute passion, la suppression de toute pensée frivole, le soin quotidien de solder le reste de sa dette ancienne et de n’en plus contracter aucune nouvelle ; être indifférent à tout, et bienveillant pour tous. Voilà ce qui fait le moine. Quelque simple et fruste que soit un homme, s’il est ainsi soumis à la Loi, c’est un véritable disciple du Buddha.

Que d’hommes passent leur vie à se préoccuper de leur famille, de leur argent, de leurs affaires ; et la mort les emporte, comme un torrent emporte des pailles, en un instant. A l’heure de la mort, que pourront pour vous vos-parents, même les plus proches ? Ils seront aussi impuissants à prolonger votre vie, qu’un aveugle est incapable d’écarbouiller une lampe qui s’éteint. Donc, si vous êtes sages, appliquez-vous à l’observance, la seule voie de la paix, du contentement, de la stabilité.

Sans doute, vivre dans la contrainte morale et l’abstinence physique, est dur ; mais la vie en apparence libre et aisée des mondains, est en réalité beaucoup plus dure. Sans doute, vivre en communauté, dans une égalité et fraternité parfaite, humble et soumis, est dur ; mais gouverner une maison et gérer une fortune dans le monde, est bien plus dur. Sans doute, mendier sa nourriture est dur ; mais les maux qui découlent de l’intempérance, et que le moine mendiant évite, sont bien plus durs. Avec le temps, ou s’habitue à tout, même aux austérités, et on finit par ne plus vouloir vivre moins durement. A qui a la foi, le devoir ne pèse pas, car il sait qu’il s’enrichit moralement chaque jour. Quel bonheur, que de pouvoir être seul dans sa cellule, de n’avoir à partager sa couche avec personne, de pouvoir suivre en toute liberté son idéal de perfection !

O désirs ! j’ai découvert votre origine. Vous naissez des pensées choyées par l’esprit. Désormais, pour vous faire mourir, je ne penserai plus. Que de temps, jour et nuit, j’ai été votre esclave, votre victime. Me voici délivré. Plus de désirs, donc plus de distractions, plus d’appréhensions, plus de craintes… Si le ciel faisait tomber sur lui les richesses et les honneurs comme la pluie, l’homme qui n’est pas maître de ses convoitises, n’en aurait jamais assez. Seul celui qui supprime ses dé­sirs, sait être satisfait et content.

Ô moine, pourquoi as-tu quitté ta famille, pourquoi portes-tu la robe de l’Ordre, si, dans le secret de ton cœur, tu choies encore des désirs mondains, peut-être des convoitises impures ? Recueille-toi et considère la suite des morts et des renaissan­ces qui t’attendent. C’est le flux continu de tes vaines pensées et de tes vains désirs, qui t’emporte ainsi de vie en vie, toujours inquiet, toujours souffrant. Arrête ce torrent, franchis l’abîme une fois pour toutes, passe au nirvāna en cessant de désirer. Alors je dirai de toi que tu es un vrai moine, car tu auras visé et atteint le but. »

3ème siècle après JC

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