LE GRAND SECRET

Posté le 6 juillet 2010 par spiritus dans Non classé

 

Sagesse, moralité, vertus : mots respectables, mais vagues sur lesquels on dispute depuis des siècles sans être parvenu à s’entendre !

Je veux être sage, mais serai-je bien sûr de ma sagesse tant que je pourrai croire que les fous sont plus heureux ou même plus joyeux que moi ?

Il faut avoir des moeurs, mais nous sommes tous un peu comme les enfants ; les moralités nous endorment. C’est qu’on nous fait de sottes moralités qui ne conviennent pas à notre nature. On nous parle de ce qui ne nous regarde pas et nous pensons à autre chose.

La vertu est une grande chose : son nom veut dire force, puissance. Le monde subsiste par la vertu de Dieu. Mais en quoi consiste pour nous la vertu ? Est-ce une vertu de jeûner pour s’affaiblir la tête et s’émacier le visage ? Appellerons-nous vertu la simplicité de l’honnête homme qui se laisse dépouiller par des fripons ? Est-ce une vertu de s’abstenir dans la crainte d’abuser ? Que penserions-nous d’un homme qui ne marcherait pas de peur de se casser la jambe ? La vertu en toutes choses est l’opposé de la nullité, de la torpeur et de l’impuissance.

La vertu suppose l’action ; car si l’on oppose ordinairement la vertu aux passions, c’est pour faire entendre qu’elle seule n’est jamais passive.

La vertu n’est pas seulement la force, mais la raison directrice de la force. C’est le pouvoir équilibrant de la vie.

Le grand secret de la vertu, de la virtualité et de la vie, soit temporelle, soit éternelle, peut se formuler : L’art de balancer les forces pour équilibrer le mouvement.

L’équilibre qu’il faut chercher n’est pas celui qui produit l’immobilité, mais celui qui régularise le mouvement. Car l’immobilité c’est la mort, et le mouvement c’est la vie.

Cet équilibre moteur c’est celui de la nature elle-même. La nature en équilibrant les forces fatales produit le mal physique ou même la destruction apparente pour l’homme mal équilibré. L’homme s’affranchit des maux de la nature en sachant se soustraire par un usage intelligent de sa liberté à la fatalité des forces. Nous employons ici le mot fatalité parce que les forces imprévues et incomprises par l’homme mal équilibré lui semblent nécessairement fatales.

La nature a pourvu à la conservation des animaux doués d’instinct, mais elle a tout disposé pour que l’homme imprévoyant périsse.

Les animaux vivent pour ainsi dire d’eux-mêmes et sans efforts. L’homme seul doit apprendre à vivre. Or, la science de la vie c’est la science de l’équilibre moral.

Concilier le savoir et la religion, la raison et le sentiment, l’énergie et la douceur, voilà le fond de cet équilibre.

La vraie force invincible c’est la force sans violence. Les hommes violents sont des hommes faibles et imprévoyants dont les efforts se retournent toujours contre eux-mêmes. L’affection violente ressemble à la haine et presque à l’aversion.

La colère violente fait qu’on se livre à ses ennemis aveuglément. Les héros d’Homère, lorsqu’ils s’attaquent, ont soin de s’insulter pour tâcher de se mettre réciproquement en fureur, sachant bien que, suivant toutes probabilités, le plus furieux des deux sera vaincu. Le bouillant Achille était prédestiné à périr malheureusement. Il est le plus fier et le plus vaillant des Grecs et ne cause à ses concitoyens que des désastres.

Celui qui fait prendre Troie c’est le prudent et patient Ulysse, qui se ménage toujours et ne frappe jamais qu’à coup sûr. Achille c’est la passion et Ulysse c’est la vertu ; et c’est suivant cette donnée qu’il faut comprendre la haute portée philosophique et morale des poèmes d’Homère.

L’auteur de ces poèmes était sans doute un initié de premier ordre, et le grand arcane de la Haute Magie pratique est tout entier dans l’Odyssée.

Le grand arcane de la magie, l’arcane unique et incommunicable a, pour objet de mettre en quelque sorte la puissance divine au service de la volonté de l’homme.

Pour arriver à la réalisation de cet arcane il faut SAVOIR ce qu’on doit faire, VOULOIR ce qu’il faut, OSER ce qu’on doit et se TAIRE avec discernement.

L’Ulysse d’Homère a contre lui les dieux, les éléments, les cyclopes, les sirènes , Circé, etc. C’est-à-dire toutes les difficultés et tous les dangers de la vie.

Son palais est envahi, sa femme est obsédée, ses biens sont au pillage, sa mort est résolue, ses compagnons il les perd, ses vaisseaux sont submergés ; il reste enfin seul et en lutte contre la nuit et contre la mer. Et, seul, il fléchit les dieux, il échappe à la mer, il aveugle le cyclope, il trompe les sirènes, il dompte Circé, il reprend son palais, il délivre sa femme, il tue ceux qui voulaient sa mort parce qu’il voulait revoir Ithaque et Pénélope, parce qu’il savait toujours se tirer du danger, parce qu’il osait à propos et parce qu’il se taisait toujours lorsqu’il n’était pas expédient de parler.

Mais, diraient avec désappointement les amateurs de contes bleus, ceci n’est point de la magie. N’existe-t-il pas des talismans, des herbes, des racines qui font opérer des prodiges ? N’est-il pas des formules mystérieuses qui ouvrent les portes fermées et font apparaître les esprits ? Parlez-nous de cela et remettons à une autre fois vos commentaires sur l’Odyssée.

Vous savez, enfants, car c’est à des enfants sans doute que j’ai à répondre, vous savez, si vous avez lu mes précédents ouvrages, que je reconnais l’efficacité relative des formules, des herbes et des talismans. Mais ce sont là des petits moyens qui se rattachent aux petits mystères. Je vous parle maintenant des grandes forces morales et non des instruments matériels. Les formules appartiennent aux rites de l’initiation, les talismans sont des auxiliaires magnétiques, les racines et, les herbes sont du ressort de la médecine occulte et Homère lui-même ne les dédaigne pas. Le Moly, le Lothos et le Népenthés tiennent leur place dans ces poèmes, mais ce sont là des ornements très accessoires. La coupe de Circé ne peut rien sur Ulysse qui en connaît les effets funestes et qui sait se dispenser d’y boire. L’Initié à la haute science des mages n’a rien à craindre des sorciers.

Les personnes qui ont recours à la magie cérémonielle et qui viennent consulter les devins ressemblent à celles qui, en multipliant les pratiques de dévotion, veulent ou espèrent suppléer à la religion véritable. Jamais vous ne les renverrez contentes en leur donnant de sages conseils.

Toutes vous cachent un secret qui est bien facile à deviner et qui est celui-ci : j’ai une passion que la raison condamne et que je préfère à la raison ; c’est pourquoi je viens consulter l’oracle de la déraison, afin qu’elle me dise d’espérer, qu’elle m’aide à tromper ma conscience, et qu’elle rende la paix à mon coeur. Elles viennent ainsi boire à une source trompeuse qui, loin d’apaiser leur soif, les altère toujours davantage. Le charlatan débite des oracles obscurs, on y trouve ce qu’on veut y trouver et l’on revient chercher des éclaircissements On revient le lendemain, le surlendemain, ou revient toujours et c’est ainsi que les tireuses de cartes font fortune.

Les gnostiques basilidiens disaient que Sophie, la sagesse naturelle de l’homme devenue amoureuse d’elle-même comme le Narcisse de la fable, détourna ses regards de son principe et s’élança hors de ce cercle tracé par la lumière divine qu’ils appelaient le plérôme. Seule alors dans les ténèbres, elle fit des sacrilèges pour enfanter la lumière. Et comme l’hémoroësse de l’évangile, elle perdait son sang qui se transformait en monstres horribles.

La plus dangereuse de toutes les folies c’est la sagesse corrompue.

Les coeurs corrompus empoisonnent toute la nature. Pour eux la splendeur des beaux jours n’est qu’un éblouissant ennui et toutes les joies de la vie, mortes pour ces âmes mortes se dressent devant eux pour les maudire, en leur disant comme les spectres de Richard III : « désespère et meure. » Les beaux enthousiasmes les font sourire et ils jettent à l’amour et à la beauté, comme pour se venger, les dédains insolents de Sténio et de Rollon. Il ne faut pas laisser tomber ses bras en accusant la fatalité, il faut lutter contre elle et la vaincre. Ceux qui succombent dans ce combat sont ceux qui n’ont pas su ou qui n’ont pas voulu triompher.

Ne pas savoir, c’est une excuse, mais ce n’est pas une justification, puisqu’on peut apprendre. Père, pardonnez-leur, car ils ne savent ce qu’ils font disait le Christ expirant. S’il était permis de ne pas savoir, la prière du Sauveur eût manqué de justesse et le Père aurait eu rien à pardonner.

Lorsqu’on ne sait pas, il faut vouloir apprendre. Tant qu’on ne sait pas il est téméraire d’oser, mais il est toujours bon de se taire.

Eliphas LEVI (1810-1875)

 

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