THEORIE ET SYMBOLES DE LA PHILOSOPHIE HERMETIQUE

Posté le 29 juin 2010 par spiritus dans HERMETISME, SCIENCES OCCULTES, Non classé, SOCIETES INITIATIQUES

 

par Oswald Wirth 

               Faute de nous élever au-dessus du terrain de la constatation expérimentale, nous avons cessé de comprendre les anciens auteurs qui se basaient sur les lois rationnelles de toute existence. Leurs théories concernant la Nature et le secret de ses opérations nous apparaissent comme de vaines puérilités ; c’est ainsi que la Philosophie hermétique n’est à nos yeux qu’un tissu de rêveries, tout comme l’Alchimie semble définitivement reléguée dans la nécropole des sciences mortes. Mais une cause particulière a surtout motivé le discrédit qui frappe les doctrines en vogue aux Moyen-Age et jusqu’au XVIII° siècle : nous avons perdu la clef du langage servant à les exprimer. Notre manière de parler est de nos jours toute différente. On ignorait jadis nos prétentions à nous servir de termes rigoureusement précis : des approximations devaient suffire, car la vérité pure est fatalement inexprimable. L’idéal du Vrai se laisse emprisonner dans aucune formule. Il en résulte que, dans une certaine nature, toute parole est mensonge, puisqu’elle n’exprime qu’imparfaitement l’idée qu’elle doit traduire. L’intimité de la pensée, son esprit fondamental, est insaisissable, c’est une divinité qui se dérobe sans cesse et ne consent tout au plus qu’à se refléter parfois dans des images. Tel Moyse, à qui Jahveh n’a pu se montrer que de dos. 

Un langage figuré a donc dû être employé chaque fois qu’il s’est agi de faire prendre corps à des notions transcendantes.  Ce n’est pas un caprice. La pensée pure ne se présente à nous que voilée ; mais son voile est transparent pour qui sait discerner.


L’Hermétisme s’adresse aux penseurs qu’une vocation innée pousse à tout approfondir. Les lois universelles de la génération, de la conservation et de la transformation des êtres ne peuvent être représentées que par des schémas dont un esprit superficiel ne saurait saisir la portée. Aussi l’enseignement des sages reste inintelligible pour qui s’arrête au sens extérieur des mots ; mais il appartient à chacun de s’initier par lui-même, en s’inspirant des trois paroles de l’Evangile : 

Demandez la Lumière et vous la recevrez ;
Cherchez la Vérité et vous la trouverez ;
Frappez à la Porte du Temple et l’on vous ouvrira.

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LA TRADITION  

Foi et la Philosophie. – La Gnose. – L’Hermétisme. Les esclaves de la lettre. – L’Occultisme contemporain.

Alexandrie fut en son temps la capitale intellectuelle du monde antique. Des écoles célèbres y attiraient les sages de toutes les nations : l’Orient et l’Occident se rencontraient dans ce centre cosmopolite qui mettait en contact la Phénicie, la Chaldée, la Perse et l’Inde avec la Grèce classique, Rome et la Gaule. Toutes ces contrées apportèrent les traditions religieuses et scientifiques au pied du trône des Ptolémées. Des Juifs hellénisés traduisirent leur Bible, qui fut pour la première fois rendue accessible aux Gentils par la version dite des Septante. Le babylonien Bérose produisit une úuvre du même ordre en consignant tout ce qu’il savait concernant sa patrie. De précieux enseignements furent ainsi recueillis de toutes parts et comparés. On s’efforça de les coordonner en une synthèse philosophique qui, tout en ne restant malheureusement qu’à l’état d’ébauche níen exerça pas moins une puissante influence sur le développement du christianisme. 

Celui-ci s’est recruté tout d’abord parmi des gens sincères, mais peu éclairés. Les premiers chrétiens furent des esprits ardents, frappés des vices de leur époque qu’ils se proposaient de corriger. Dans leurs assemblées secrètes, ils paraissaient conspirer contre les institutions établies : on les redoutait comme des révolutionnaires farouches, ennemis de toute hiérarchie sociale. Ils proclamaient les hommes égaux devant un Dieu unique, et admettaient une révélation surnaturelle, rendue accessible à tous par la foi. Toute recherche indépendante de la Vérité devenait à leurs yeux condamnable, de même que les arts et les sciences des païens. 

A ces hommes d’action étroitement disciplinés, à ces partisans d’une égalité démocratique poussée jusque dans le domaine de l’intelligence, s’opposaient des rêveurs beaucoup plus inoffensifs. Ils se disaient gnostiques et se prétendaient initiés aux mystères des anciens hiérophantes. Cultivant des connaissances accessibles aux seuls esprits d’élite ils se targuaient de posséder les secrets les plus cachés de la nature ; aussi, à l’occasion, se montraient-ils théurges et thérapeutes. Les Chrétiens n’étaient à leurs yeux que des ignorants dangereusement fanatisés dont ils méprisaient la grossièreté ; quant à eux, ils se complaisaient à de subtil spéculations sans parvenir à se mettre d’accord sur une doctrine uniforme. Tout disciple de la Gnose aspirait à devenir le confident direct de la divinité et, par suite, ne croyait guère qu’en lui-même. Le gnosticisme se partageait ainsi en une multitude de sectes offrant le spectacle d’une complète anarchie intellectuelle. 

Chrétiens et gnostiques devaient nécessairement se combattre. La lutte se prolongea mais la victoire était acquise d’avance à la discipline et au grand nombre. Devenu formidable, le parti chrétien triompha définitivement lors de la conversion de Constantin. Implacable désormais à l’égard de ses adversaires, il proscrivit tout ce qui se rattachait aux anciens cultes et persécuta en particulier les partisans de la Gnose. 

Traqués à titre d’hérétiques, ceux-ci durent dissimuler leurs doctrines sous le couvert des voiles plus épais.

Ainsi naquirent les sciences secrètes ou occultes, qu’un symbolisme ingénieux dérobe à la curiosité des indiscrets. Au premier rang figure l’Alchimie, l’art des transmutations métalliques, qui servit de trame à tout un vaste système d’allégories. On conçut la métallurgie mystique, aux opérations calquées sur celles que la nature accomplit dans les êtres vivants. Une profonde Science de la Vie se cacha sous des symboles spéciaux ; elle s’efforça de résoudre les plus troublantes énigmes et rechercha les bases de la Médecine universelle. 

Celle-ci devait porter remède à tous les maux, tant à ceux de l’esprit et de l’âme qu’à ceux du corps, de plus, il lui appartenait de guérir les maladies sociales tout comme les infirmités des individus isolés. 

Tous ces bienfaits étaient liés à la préparation de l’Élixir de Vie et de la fameuse Pierre philosophale. Les adeptes cherchaient le moyen d’assurer à tous les êtres une santé inaltérable et de mettre l’homme à l’abri de toutes les misères. Dans ce but, ils se proposaient de conduire toute chose au degré de perfection dont elle est susceptible : c’est ce qu’ils appelaient changer le plomb en or. Ils pratiquaient le Grand Art, l’Art par excellence, ou l’Art sacerdotal et royal des anciens Initiés ; en leur qualité de prêtres, ils interprétaient les lois de l’harmonie universelle, qu’ils appliquaient à titre de rois. 

Des conceptions aussi grandioses font éclater les crânes trop étroits. Tous les alchimistes ne furent pas des hommes de génie : la cupidité suscita des chercheurs d’or fermés à tout ésotérisme ; ils prirent tout au pied de la lettre, si bien que leurs extravagances n’eurent bientôt plus de bornes. 

Tandis que les souffleurs vulgaires se livraient à cette cuisine incohérente dont se dégagea plus tard la chimie moderne, les Philosophes dignes de ce nom, les amis de la sagesse intrinsèque, prenaient soin de « séparer le subtil de l’épais avec délicatesse et une rare prudence », comme le recommande la Table d’Émeraude d’Hermès Trismégiste : rejetant les scories de la lettre morte ils ne retenaient que l’esprit vivifiant de l’enseignement des maîtres. Mais le public a confondu les sages avec les fous Il repousse en bloc tout ce qui n’est pas à sa portée la plus immédiate ou n’a pas reçu l’estampille des pontifes ayant su capter sa confiance. 

Cependant, parmi nos contemporains, quelques esprits aventureux ont osé pénétrer dans les catacombes des traditions perdues. La voie fut ouverte par Eliphas Levi (l’Abbé A.-L. Constant), dont M. Stanislas de Guaita, dans ses Essais de Sciences maudites et son Serpent de la Genèse se révèle le plus brillant disciple. 

Ces recherches ont une extrême importance du point de vue de la thérapeutique occulte. Elles ont fait apprécier les traités d’Alchimie, qu’on déchiffre nouveau, en dépit de leur style figuré à l’excès.

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LES TROIS PRINCIPES  

La Lumière. – Soufre, Mercure et Sel. – L’Azoth des Sages. – Le Binaire et sa conciliation. 

L’Hermétisme fait remonter l’origine première de toutes choses à une radiation qui part simultanément de partout : c’est la Lumière infinie, l’Aôr Ensoph des Kabbalistes ( Les théories alchimiques ont été résumées avec une clarté remarquable en 1864, par le Dr Ch. de Vauréal dans son Essai sur l’histoire des Ferments, thèse de doctorat qui fit alors sensation au sein de la Faculté de Médecine de Paris). 

Cette Lumière créatrice émane d’un centre qui n’est localisé nulle part, mais que chaque être retrouve en lui-même. 

Envisagé dans son unité omniprésente, ce Centre est la source de toute existence, de toute pensée et de toute vie. 

Il se manifeste dans les êtres comme le foyer de leur énergie expansive, laquelle semble se rapporter à un feu interne, qui serait entretenu par ce que les alchimistes appellent leur SOUFRE

Or, l’ardeur centrale  résulte pour chaque être d’une réfraction en lui de la lumière ambiante, craquelle est avide de pénétrer les corps et représente les influences qui s’exercent sur eux de l’extérieur. Ainsi la Lumière-Principe se manifeste par rapport aux êtres sous deux aspects opposés : elle converge vers leur centre sous le nom de MERCURE, puis elle rayonne de ce foyer radical à titre d’émanation sulfureuse. 

Le Mercure  fait donc allusion à ce qui entre et le Soufre  à ce qui sort ; mais entrée et sortie supposent un contenant stable, lequel correspond ce qui reste, autrement dit au SEL.

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Tout ce qui est relativement fixe résulte d’un équilibre réalisé entre l’expansion sulfureuse et la compression mercurielle. Le Sel est une condensation lumineuse produite par l’interférence  de deux rayonnements contraires ; c’est le réceptacle en qui s’infiltre l’esprit mercuriel  pour y exciter l’ardeur sulfureuse. 

En tout ce qui peut se concevoir comme existant on distingue de toute nécessité Soufre, Mercure et Sel  ; car on ne saurait rien imaginer qui n’eût sa substance propre (Sel ), soumise simultanément à des influences internes (Soufre) et externes (Mercure). 

Considéré dans son universalité, comme l’éther partout répandu qui pénètre toutes choses, le Mercure  prend le nom d’Azoth des Sages. C’est alors le souffle divin (Rouach Elohim) que la Genèse nous montre se mouvant sur le dessus des eaux, lesquelles sont représentées par le Sel . Originairement tout réside dans l’Azoth ; mais par l’opération de l’Esprit divin, le Verbe s’incarne au sein d’une Vierge immaculée, qui donne naissance au Rédempteur. Celui-ci n’est autre que le Vouloir particulier harmonisé avec la Volonté générale ; c’est le Soufre allié au Mercure  dans un Sel parfaitement purifié. Cette alliance permet à l’individualité de conquérir la plénitude de l’être, de la vie et de la pensée ; car les individus n’existent, ne vivent et ne pensent que dans la mesure où ils parviennent à s’assimiler líêtre la vie et la pensée de la collectivité dont ils font partie. Nous ne sommes rien par nous-même : tout provient du grand Tout. L’homme doit donc chercher à s’unir étroitement à la source permanente de toutes choses. 

Mais l’intimité d’une semblable union dépend du degré de pureté auquel est porté le Sel. Cela explique l’importance attachée de tous temps aux purifications, qui tiennent encore de nos jours une place prépondérante dans le ritualisme de la Franc-Maçonnerie. 

La prédominance du Soufre exalte l’initiative individuelle et se traduit par des qualités viriles énergie, ardeur, courage, audace, fierté, goût du commandement. Elle pousse à créer, à inventer ; elle incite au mouvement, à l’action, et porte à donner plutôt qu’à recevoir ; aussi l’homme se base-t-il moins que la femme sur la foi réceptive : il préfère élaborer ses propres idées plutôt que de s’assimiler celles d’autrui. 

Le Mercure développe au contraire les vertus féminines : douceur, calme, timidité, prudence, modestie, résignation, obéissance. Il ne rend pas inventif, mais il donne la faculté de comprendre, de deviner et de sentir avec délicatesse ; de plus il fait aimer le repos, surtout celui de l’esprit ; absorbé dans la rêverie et le vagabondage de l’imagination. 

Quant au Sel, il engendre l’équilibre, la pondération, la stabilité ; c’est le milieu conciliateur qu’on a pris à juste titre comme le symbole clé la sagesse.

A suivre…

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