« NUL NE SERTIT DIEU A LUI SEUL » Par Ernst Jünger

23 juin 2010

Non classé

« Proche est

Et dur à sertir le Dieu »

(Patmos. Au Landgrave de Hombourg)

Sertir le Dieu, c’est le grand thème de l’homme, mais il ne peut être serti qu’en similitude. Il s’arrache à l’étreinte humaine en mille formes, les plus passagères comme les plus fortes. Il demeure la tâche prescrite à l’homme.

L’une des similitudes, c’est le monde avec ses nébuleuses; sont similitudes le père et la mère, le père et le fils, le préservateur et le destructeur, la lumière et l’ombre, les systèmes et les lois, la forme et les nombres et, parmi eux, l’Un dans sa puissance. Shiva est similitude, colonne de feu que le vol des dieux ne parvient pas à traverser d’éternité en éternité, et Brahma, captif du monde, potier prisonnier de son argile. Toutes se complètent en couples et en figurations montées de l’absolu jusqu’au jour.

« Il est plein de bonté; mais nul ne sertit Dieu à lui seul «  (Patmos)

Est passager tout ce qui peut être serti en paroles. Les paroles sont sertissages. Sont passagères toute chose et toute notion que l’Homme étreint de la main et de l’esprit, soit en physicien, soit en métaphysicien. Sont figures les systèmes et les oeuvres de l’art, passagères les images du monde vivant  et de l’inanimé – peintures belles, et terribles, tracées sur des rideaux tremblants. Mais le feu qui aussi qui les consume est similitude parmi les similitudes. Un pan de vêtement nous reste dans la main.

La semence, le grain menu du pavot n’est pas moins une similitude que le chêne millénaire fracassé par la foudre, déraciné par la tempête. Racines et frondaisons sont images d’un miroir, de même que le rêve et la vie, la lumière et l’ombre, le ciel et la terre sont images d’un miroir. S’épanouissant hors de l’insaisissable, tout fait retour à l’insaisissable.

L’Homme, errant et passager sur la Terre, ne sait d’où il vient, où il va . Sa voie est celle du navigateur sur la mer incertaine; rien qu’une faible planche ne le sépare des profondeurs de l’abîme.

Si diverses que soient les voies qui le mènent par dessus les grandes eaux, sur quelque étoile qu’il se guide, sa navigation est la même, qu’elle ne dure qu’un instant  ou quatre-vingt-dix ans. Du port à l’Océan, mille voies sont possibles, mais chacune ramène au port. Et l’on gagne toujours le port, même quand le navire se brise en pleine mer. La terre natale y accueille l’Homme, c’est ce que dit à l’Homme une intuition plus forte que tout savoir.

L’Intuition est le thème des textes sacrés, qui tous circonscrivent une seule et même terre natale, elle est nourrie par les astres. Elle est confirmé par les visionnaires et par les messagers dont la voie traverse les grandes eaux.

L’être conscient représente l’Homme aux bords extrêmes du monde, sur le rivage de la mer infinie, sous l’éclat du feu éternel, en faces des mortels abîmes. Il le représentent  là où se conjoignent l’Alpha et l’Oméga, dans les douleurs de l’enfantement des derniers temps, dans l’épouvante des embrasements universels.

Du fait qu’il représente l’Homme, du fait que son destin sort pour lui de l’ombre,  il saisit la course et l’orbite de l’individu. Ce que l’être conscient contemple doit échoir à chacun.

Ce  qui par myriades, en pâles essaims éphémères, s’élève des eaux comme le brouillard pour retomber de nouveau, cela n’a qu’un seul secret, qu’un seul sens. L’être conscient, lui non plus, ne peut le sertir, mais il aperçoit dans le miroir obscur le visage de l’Homme, son idéogramme. Pour le connaître, il lui faudrait franchir le portail de la mort; c’est alors qu’il contemple face à face.

« Videmus nunc per speculum in aenigmate « 

(« maintenant nous voyons les choses dans un miroir, en énigme  »)

Passé le portail, il devient identique au sens qui s’étend derrière les essaims et les différences :

« Nunc cognosco exparte : tunc autem cognoscam sicut et cognitus sum »

Si l’être conscient est en l’Esprit,  il est en même temps dans la matière, portée à son plus haut exposant, il accède aux profondeurs du monde. Ici, la Terre représente l’Univers et en devient le centre, de même que l’être conscient représente l’Homme.

Nul n’accède qu’il n’ait reçu l’ordination de la Terre, qu’il n’ait été touché au front, soit d’eau, soit de feu, soit de cendre. La Terre ouvre ses portes;  elle commence à se tendre et à se fendre comme sur le rivage de Patmos, elle commence à fumer et à rougeoyer comme dans la lampe d’étain du Voyant silésien, elle commence à resplendir et à brûler comme, comme sur la cime du Sinaï et dans le buisson d’Horeb, se transfigure la flamme. C’est seulement quand les sceaux de la Terre sont rompus que s’ouvrent aux yeux une hauteur nouvelle et une nouvelle profondeur, dont la hauteur des étoiles et les profondeurs de la mer ne sont que similitudes.

Mais les visions elles-mêmes sont similitudes.

Ce qui monte de l’eau, ce qui jaillit du feu, ce qui s’élève du fond de la Terre est incompréhensible et appelle les interprétations. L’être conscient est aussi l’annonciateur, mais non l’interprète de la vision. Quand parle la Pythie, la Terre parle sous sa forme de serpent; la lumière appolinienne doit survenir pour que l’interprétation ait lieu.

Mais l’interprétation même a des sens en grand nombre. La vision s’élève de l’indivis dans le divers, de l’esprit dans le temps, de l’être général dans l’essence particulière, du Verbe indicible dans le langage, des ténèbres dans la lumière. Elle dit à l’un ceci, à l’autre cela; l’interprétation au cours des siècles, la taille en facettes scintillantes.

Pourtant la vision tend à un seul et unique sens; peu importe qu’elle se perde dans les ténèbres du passé ou dans les oracles d’un lointain avenir. Elle aboutit au commencement et à la fin, et le commencement et la fin sont présents ici même et aujourd’hui. Commencement et fin sont à jamais, ils se nouent pour former le noeud gordien, en lequel le temps se replit sur lui-même. C’est dans l’instant que repose le mystère, et chacun prendra Babylone, s’il tranche le noeud.

Interpréter les grandes visions, c’est l’affaire du sage, dans les ténèbres de la nuit terrestre. Mais quand l’huile s’est consumée dans la lampe et que l’aurore point, c’est alors que leur « tu es cela » l’emplit de bonehur.

C’est alors qu’il est temps de se mettre au lit, moment d’entrer dans son repos.

Si le commencement et la fin sont définis, la course, elle aussi, est définie. Si le commencement et la fin se confondent, la course de l’homme est aussi la même, qu’il aborde sous le vêtement du mendiant ou sous celui du roi. L’Homme naît dans la nudité et, sa course achevée, il dépose la couronne du roi et le bâton de mendiant. Il vient du jardin d’Eden et entre dans la Cité céleste. Il a perdu son pays natal et le regagnera; tels sont la souffrance et l’espoir du paysage terrestre.

Ce qui apparaît sous la la forme du jardin d’Eden, et ce qui est gagné, sous celle de la Cité céleste. Mais le jardin et la Cité ne font qu’un, lorsque le Ciel et la Terre se conjoignent, que le Père étreint la Mère.

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Le portail du Jardin et le portail de la Cité ne font qu’un, de même que le commencement et la fin ne font qu’un. La porte du Jardin s’efface dans l’ombre, et la porte de perle resplendit dans la lumière. L’Homme est enfanté dans les douleurs et revient dans la joie. Il est accueilli de cris joyeux et enterré parmi les larmes, et pourtant il naît pour la mort, et la mort le mène à lavie, qu’il a laissé derrière lui dans le Jardin. Il n’y a là ni bien ni mal, ni Caïn ni Abel, pas de temple, pas de sanctuaire. 

Les jardins et les cités de l’homme sont similitudes du jardin d’Eden, sont similitudes de la Cité céleste. C’est là-bas que sont déposées les justes mesures du monde transitoire.

Comme il a inventé les dieux, l’Homme a inventé les nombres, l’une des plus puissantes prises dont il puisse le saisir le cosmos. Il en a tissé un filet que les sages ont légué aux sages et les peuples aux peuples, auquel rien ni personne n’échappe. Il a conjuré le flux éternel des signes et des choses, une première fois par les mots et les langages, puis par les nombres. Mais au commencement, il a vécu sans nombre et sans dieux.

De même que les nombres, degrés taillés dans le roc, mènent à travers les monts et sont destinés aux pieds du marcheur, les grandes demeures, les temples et les églises finissent par tomber en ruine, tentes de notre avance fugitive à travers le temps. Inlassable, l’esprit s’efforce de servir l’Un et l’Unique et, inlassablement, il rejette les sertissages. Tel est son service des jours et des nuits; il sert par la foi et sert par le doute, il sert lorsqu’il érige les images et sert aussi lorsqu’il les abat. Il est semblable à la vague qui déferle et s’efface, et les sertissages restent sur la plage, comme ces coquillages en forme de coeur qui pâlissent au soleil.

Il faut que l’Homme honore et préserve le sacré, comme similitude de cette terre natale, dont le pays et les patries terrestres; le Père même et la Mère sont d’autres similitudes. Si le sacré est vénéré, c’est en tant que reflet et parvis de cette terre natale; aussi n’y a t-il en elle aucun sanctuaire. La Paradis n’avait pas de temple, et Saint Jean ne vit pas de Temple dans la Cité céleste. Il y trouve aussi les paiens parmi les bienheureux, ils apportaient leurs adorations et leurs splendeurs. c’est ce que signifient également les Ethiopiens du peintre au JArdin des célestes délices  les feuilles de l’arbre ont aussi servi aux Noirs. Le portail est grand ouvert pour les bons et les méchants; et quiconque a soif reçoit en don l’eau de la vie. Or, il n’y a personne qui, devant la porte de perle, ne soit altéré; la parole de l’Homme « j’ai soif » vient avant la parole « tout est accompli ».

La voie de l’Homme part de l’Arbre de la connaissance; elle mène à travers la mort et les terreurs de la vallée obscure, à travers le bien et le mal de la nuit inquiète. Elle cesse devant l’Arbre de vie; c’est là que le serpent se replie en anneau et restitue la pomme.

Le nom du Très-Haut, nulle écriture, nul langage ne le connaît; il n’est semblable qu’à lui-même et sources des similitudes. Il est absent des textes; ne le sertissent ni figure, ni prière, ni pensée, il demeure le mystère du monde. Le Saint des Saints est vide. Nommer le suprême, c’est le séparer du plus profond, mais hauteur et profondeur sont similitudes. Nommer l’Un, c’est le séparer du Non-un, mais tous deux sont des similitudes. L’Un et le Zéro sont le linguam et l’ioni de l’Univers.

Commencement et fin, origine et choses créées, Mère et Père ne peuvent, tant que dure la voie, être compris dans leur séparation, être réunis que passagèrement; tout amour, même celui du suprême et du plus profond, est héritage du Jardin perdu et première leueur de la Cité éternelle. C’est vers elle que mène la voie par l’eau et le feu, par le roc et la terre, par la foi et le doute, par le savoir et la non-science. C’est vers elle que mènent les voies des hommes et des peuples, les longues courses des caravanes et le repos sous les tentes; leurs villes sont faubourgs de la Cité céleste.

L’oeil voit des images, et chaque image est un fragment de l’ensemble; le cadre est donné en même temps que l’image. Les images sont des sertissages. L’oeil voit dans les et les dynasties divines des révélation d’une puissance anonyme.

L’oeil de l’Homme, lui aussi, n’est que similitude; il est le miroir de l’oeil divin du monde. L’oeil saisit et est saisi par les images; tantôt l’Homme semble créé en vue du monde, tantôt l’Homme semble être l’intention du monde. Un débat sans fin s’en suit au sujet de la vérité de l’extérieur et de l’intérieur, pareil au flux et eu reflux sur les franges de la mer, pareil au pétillement de cette flamme qui ne lèse pas le buisson.

Le débat ne prendra jamais fin avant que le miroir se brise. Il dresse la cloison entre l’image qui se reflète et son reflet dans les images; il est l’offrande ultime parmi toutes offrandes présentées ici-bas. Il n’est qu’un souffle et demeure pourtant le mur au pied duquel les prières se consument et les lamentations ne cessent ni jour ni nuit. C’est seulement quand le mur s’écroulera au fracas de la trompette que l’image et son reflet se conjoindront comme l’amante et l’amant pour réformer l’archétype.

Nulle prière n’est entendue, mais toute prière sera exaucée.

Le monde est rempli d’yeux; ils s’ouvrent et se flétrissent, bourgeons sur le tronc originel. Là où la vague déferle sur le récif de la grande Barrière, le mur de ce récif est garni de légion d’yeux. Le soleil est un oeil de lumière qui a pour cils sa couronne rayonnante. Les fleurs sont des miroirs qui reproduisent son mystère. Car le soleil aussi, et les murs de soleils sont miroirs de la puissance comsique. Quand Hélios attelle ses chevaux et qu’Eos l’annonce, s’éveillent aux jardins et dans les prés, dans les déserts d’Arabie et les forêts tropicales les yeux sans nombre, pour se fermer le soir, quand l’astre s’éteint. Ainsi, les peuples en prière lèvent chaque matin leur bras vers le ciel et joignent les mains chaque soir.

Les êtres conscients sont les yeux des peuples; ils bourgeonnent sur le tronc originel. Ils ont reçu en don l’oeil qui contemple les dieux et ils sont contemplés par d’autres yeux. Ezechiel, le Saint Jean de l’Ancienne Alliance, voit au bord du fleuve Kebar les axes de la Roue éternelle sous la forme d’une quadruple couronne toute couverte d’yeux tourbillonants, et Saint Jean voit sur le rivage de Patmos le poil et le plumage des animaux de l’Apocalypse tout constellés d’yeux.

L’oeil est poinçon et matrice du monde; son fond est le placenta des images et proche du fond originel. L’iris porte les couleurs du Ciel, le fond de l’oeil celles de la Terre. Si menu que soit l’oeil, il peut embrasser tout le Ciel, de même que la lumière du Ciel se saisit de l’oeil. L’oeil est d’essence solaire. Là où fleurissent les yeux, le mur devient barrière du Jardin; un printemps éternel s’annonce par ces signes.

Tant que dure le chemin, le doute croît sur les bords, souvent satisfait, jamais rassasié. Il se nourrit, comme la flamme insatiable, de la matière périssable du monde. Lorsqu’il démasque les Dieux et a reconnu en eux la fiction, qu’il a renversé  leurs images et profané leurs demeures, il est satisfait, mais pour peu de temps seulement. Il commence à se dévorer lui-même, en doutant du doute en se demandant d’où les images sont donc venues. Il est ainsi ramené à la racine des origines, à la mine des images. Il lui faut donner des noms nouveaux à ce qui règne, anonyme, ce qui a régné de tout temps et régnera encore dans l’avenir. Il commence à tisser les vêtements qu’il a artificiellement défaits; qu’ils les tisse de lours brocarts ou de voiles soyeux, le fil qui, fluide et sans couleur, compose cette trame est toujours le même, est la matière primitive du monde.

Le bloc de marbre rassemble en lui toutes les images qui ont jamais paré les bois sacrés et les grottes, les temples et les cathédrales et, avec elles,  des myriades que nul sculpteur n’a jamais conçues. Quand le peintre invente plantes et bêtes,  il reflète des images toutes puissantes, imaginées bien avant lui. Nulle réduction ne peut échapper au cadre de la hauteur et de la profondeur, nulle prolifération ne peut déborder au-delà des éléments.

Dans l’églantine au bord du champ, toutes les roseraies du Levant et du Ponant sont cachées, mais avec elles l’inaccessible Rose noire, la Rose rouge des poètes, la Rose blanche de la vierge, la Rose hermétique,  des alchimistes, la Rose d’or des rois. Un grain de semence emporté par le vent qui suffit pour que tous les jardiniers des peuples et des âges le fassent fructifier; ils le font fructifier à la gloire du monde impérissable.

Quiconque entre dans la salle du festin de noces, une fois que le miroir a été voilé, n’y trouve personne qui ne salue en lui son frère. Il y trouve les Blancs et les Noirs, il trouve Caïn et Abel, Jean et Judas, l’Agneau et le Loup unis dans la table dressée. La Cène est prête pour les vaincus et les vainqueurs, les victimes et les immolateurs. Le mot de ralliement a été donné, la grande parole : « Tu es cela »

Resplendissent aux murs les bannières et les insignes des peuples, les couronnes et les boucliers sacrés, les armes des armées, qui répandaient l’épouvante. Ce que Dante a appris, chacun doit l’apprendre; cela s’étend en deçà du miroir, dans le monde du divers. De même que la Terre reçoit chacun de ceux qui retournent à la poussière – et qu’importe pour quelle cause et comment ils ont combattu ! – chacun sera exaucé de ceux qui ont acquitté le péage; son moi passager se métamorphose et il connaît en lui à la lumière des distinctions, son propre être, incomparable.

Les êtres conscients sont les yeux des peuples; ils sont, tout simplement, l’oeil de l’Homme. Ce qu’ils aperçoivent sur le rivage marin, splendeur et chute de Babylone, combat d’anges et d’animaux, commencement et fin de toute chose, c’est une similitude de la course humaine.

De même que l’oeil embrasse tout le Ciel, le coeur embrasse toute l’histoire des peuples et des empires, et Babylone y fut toujours dressée et le sera jusqu’au déclin. Ce qui fleurit en rinceaux dans les visions y a sa racine, ce qui jaillit en jet d’eau y a sa source et retombe dans cette source.

Quiconque entend l’annonciaition et s’efforce d’en résoudre l’énigme cherche dans le commencement et la fin ce qui ne peut être trouvé qu’au milieu; il cherche dans la révolution des étoiles ce qui se cache dans le coeur. Chacun doit affronter le Sphinx avant que la Mère l’accueille. Il entre dans le miroir de granit au mot de ralliement : « tu es cela »

Quand l’être conscient est dans l’Esprit, il ne séjourne pas au loin ni dans le temps; il voit dans le commencement et la fin une similitude de l’aujourd’hui et de l’ici-même. Il voit, oeil de l’Homme, le destin humain, départi à chacun et auquel nul n’échappe.

En chaque mortel, le monde naît de nouveau, et il disparaît en chacun d’eux. Chacun subira les terreurs du déclin; il n’est fait grâce à personne de l’embrasement universel. Le miroir du temps n’est qu’un souffle à la surface des choses et semble pourtant tel qu’un mur de feu qui sépare des rivages intemporels. Un infini de temps est parcouru, un infini de fautes est racheté durant le bref moment où la bouche dit : « J’ai soif ». Le voyageur est encore proche et pourtant déjà infiniment loin, tandis que nous rafraîchissons son front brûlant. Il aura bientôt les enfers derrière lui.

L’énigme ne se cache pas dans les éternités ni dans les étoiles : toute la nuit peut être la nuit nuptiale. « Aujourd’hui même » et « encore un peu de temps » et « Je suis avec vous » sont paroles d’homme, et plus forte que toute science temporelle, que tout verbe prophétique.

Ce qu’apprennent les êtres conscients, ce qu’annoncent les prophètes, c’est en l’Homme que cela s’accomplit.

(9-8-1960) 

LIEN : http://www.ina.fr/art-et-culture/litterature/video/I08072550/ernst-junger.fr.html

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