LES TROIS PORTES DE LA SAGESSE

Posté le 6 juin 2010 par spiritus dans Non classé

Un Roi avait pour fils unique un jeune Prince courageux, habile et intelligent
Pour parfaire son apprentissage de la Vie, il l’envoya auprès d’un Vieux Sage

« Eclaire-moi sur le Sentier de la Vie », demanda le Prince

« Mes paroles s’évanouiront comme les traces de tes pas dans le sable, répondit le Sage
Cependant je veux bien te donner quelques indications
Sur ta route, tu trouveras 3 portes : Lis les préceptes indiqués sur chacune d’entre elles Un besoin irrésistible te poussera à les suivre. Ne cherche pas à t’en détourner, car tu serais condamné à revivre sans cesse ce que tu aurais fui. Je ne puis t’en dire plus Tu dois éprouver tout cela dans ton coeur et dans ta chair Va, maintenant Suis cette route, droit devant toi. »

Le Vieux Sage disparut et le Prince s’engagea sur le Chemin de la Vie.

Il se trouva bientôt face à une grande porte sur laquelle on pouvait lire
« CHANGE LE MONDE »

« C’était bien là mon intention, pensa le Prince, car si certaines choses me plaisent dans ce monde, d’autres ne me conviennent pas. » Et il entama son premier combat Son idéal, sa fougue et sa vigueur le poussèrent à se confronter au monde, à entreprendre, à conquérir, à modeler la réalité selon son désir  Il y trouva le plaisir et l’ivresse du conquérant, mais pas l’apaisement du coeur Il réussit à changer certaines choses mais beaucoup d’autres lui résistèrent . Bien des années passèrent .

Un jour il rencontra le Vieux Sage qui lui demande : « Qu’as-tu appris sur le chemin ? »
« J’ai appris, répondit le Prince, à discerner ce qui est en mon pouvoir et ce qui m’échappe, ce qui dépend de moi et ce qui n’en dépend pas » « C’est bien, dit le Vieil Homme Utilise tes forces pour agir sur ce qui est en ton pouvoir Oublie ce qui échappe à ton emprise. » Et il disparut

Peu après, le Prince se trouva face à une seconde porte On pouvait y lire
« CHANGE LES AUTRES »

« C’était bien là mon intention, pensa-t-il .Les autres sont source de plaisir, de joie et de satisfaction mais aussi de douleur, d’amertume et de frustration. » Et il s’insurgea contre tout ce qui pouvait le déranger ou lui déplaire chez ses semblables Il chercha à infléchir leur caractère et à extirper leurs défauts Ce fut là son deuxième combat
Bien des années passèrent

Un jour, alors qu’il méditait sur l’utilité de ses tentatives de changer les autres, il croisa
le Vieux Sage qui lui demanda : « Qu’as-tu appris sur le chemin ? »
« J’ai appris, répondit le Prince, que les autres ne sont pas la cause ou la source de mes joies et de mes peines, de mes satisfactions et de mes déboires Ils n’en sont que le révélateur ou l’occasion. C’est en moi que prennent racine toutes ces choses. »

« Tu as raison, dit le Sage Par ce qu’ils réveillent en toi, les autres te révèlent à toi-même
Soit reconnaissant envers ceux qui font vibrer en toi joie et plaisir
Mais sois-le aussi envers ceux qui font naître en toi souffrance ou frustration, car à travers eux la Vie t’enseigne ce qui te reste à apprendre et le chemin que tu dois encore parcourir. »
Et le Vieil Homme disparut

Peu après, le Prince arriva devant une porte où figuraient ces mots

« CHANGE-TOI TOI-MEME »

« Si je suis moi-même la cause de mes problèmes, c’est bien ce qui me reste à faire, » se dit-il Et il entama son 3ème combat. Il chercha à infléchir son caractère, à combattre ses imperfections, à supprimer ses défauts, à changer tout ce qui ne lui plaisait pas en lui, tout ce qui ne correspondait pas à son idéal .
Après bien des années de ce combat où il connut quelque succès mais aussi des échecs et des
résistances, le Prince rencontra le Sage qui lui demanda :

Qu’as-tu appris sur le chemin ? »

« J’ai appris, répondit le Prince, qu’il y a en nous des choses qu’on peut améliorer, d’autres qui nous résistent et qu’on n’arrive pas à briser. »

« C’est bien, » dit le Sage

« Oui, poursuivit le Prince, mais je commence à être las de ma battre contre tout, contre tous, contre moi-même Cela ne finira-t-il jamais ?
Quand trouverai-je le repos ? J’ai envie de cesser le combat, de renoncer, de tout abandonner, de lâcher prise. »
« C’est justement ton prochain apprentissage, dit le Vieux Sage
Mais avant d’aller plus loin, retourne-toi et contemple le chemin parcouru. » Et il disparut

Regardant en arrière, le Prince vit dans le lointain la 3ème porte et s’aperçut qu’elle
portait sur sa face arrière une inscription qui disait

« ACCEPTE-TOI TOI-MEME. »

Le Prince s’étonna de ne point avoir vu cette inscription lorsqu’il avait franchi la porte la première fois, dans l’autre sens
« Quand on combat on devient aveugle, se dit-il. » Il vit aussi, gisant sur le sol, éparpillé autour de lui, tout ce qu’il avait rejeté et combattu en lui : ses défauts, ses ombres, ses peurs, ses limites, tous ses vieux démons Il apprit alors à les reconnaître, à les accepter, à les aimer
Il apprit à s’aimer lui-même sans plus se comparer, se juger, se blâmer

Il rencontra le Vieux Sage qui lui demanda :

« Qu’as-tu appris sur le chemin ? »

« J’ai appris, répondit le Prince, que détester ou refuser une partie de moi, c’est me condamner
à ne jamais être en accord avec moi-même J’ai appris à m’accepter moi-même, totalement,
inconditionnellement. »

« C’est bien, dit le Vieil Homme, c’est la première Sagesse Maintenant tu peux repasser la 3ème porte. »

A peine arrivé de l’autre côté, le Prince aperçut au loin la face arrière de la seconde
porte et y lut

« ACCEPTE LES AUTRES »

Tout autour de lui il reconnut les personnes qu’il avait côtoyées dans sa vie ; celles qu’il
avait aimées comme celles qu’il avait détestées Celles qu’il avait soutenues et celles qu’il avait
combattues Mais à sa grande surprise, il était maintenant incapable de voir leurs imperfections, leurs défauts, ce qui autrefois l’avait tellement gêné et contre quoi il s’était battu

Il rencontra à nouveau le Vieux Sage « Qu’as-tu appris sur le chemin ? » demanda ce dernier
J’ai appris, répondit le Prince, qu’en étant en accord avec moi-même, je n’avais plus rien à
reprocher aux autres, plus rien à craindre d’eux .J’ai appris à accepter et à aimer les autres
totalement, inconditionnellement. »

« C’est bien, » dit le Vieux Sage C’est la seconde Sagesse
Tu peux franchir à nouveau la deuxième porte

Arrivé de l’autre côté, le Prince aperçut la face arrière de la première porte et y lut

« ACCEPTE LE MONDE »

Curieux, se dit-il, que je n’aie pas vu cette inscription la première fois Il regarda autour
de lui et reconnut ce monde qu’il avait cherché à conquérir, à transformer, à changer Il fut frappé par l’éclat et la beauté de toute chose Par leur perfection
C’était pourtant le même monde qu’autrefois. Etait-ce le monde qui avait changé
ou son regard ?

Il croisa le Vieux Sage qui lui demanda

« Qu’as-tu appris sur le chemin ? »

« J’ai appris, dit le Prince, que le monde est le miroir de mon âme. Que mon âme ne voit
pas le monde, elle se voit dans le monde Quand elle est enjouée, le monde lui semble gai.
Quand elle est accablée, le monde lui semble triste Le monde, lui, n’est ni triste ni gai.
Il est là ; il existe ; c’est tout Ce n’était pas le monde qui me troublait, mais l’idée que
je m’en faisais J’ai appris à accepter sans le juger, totalement, inconditionnellement. »

C’est la 3ème Sagesse, dit le Vieil Homme
Te voilà à présent en accord avec toi-même, avec les autres et avec le Monde. »

Un profond sentiment de paix, de sérénité, de plénitude envahit le Prince
Le Silence l’habita

« Tu es prêt, maintenant, à franchir le dernier Seuil, dit le Vieux Sage, celui du passage du silence de la plénitude à la Plénitude du Silence »

Et le Vieil Homme disparut

CHARLES BRULHART

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