FRATERNITATIS ROSAE CRUCIS : MANIFESTO POSITIO

6 juin 2010

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Salutem Punctis Trianguli !

FRATERNITATIS ROSAE CRUCIS : MANIFESTO POSITIO tpositio_pf

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MANIFESTO

La « Positio Fraternitatis Rosae Crucis » n’est pas un essai eschatologique. En aucune façon elle n’est apocalyptique. Son but est de donner notre position sur l’état du monde actuel et de mettre en évidence ce qui nous semble préoccupant pour son avenir. Comme le firent déjà à leur époque nos frères du passé, nous souhaitons aussi en appeler à davantage d’humanisme et de spiritualité, car nous avons la conviction que l’individualisme et le matérialisme qui prévalent actuellement dans les sociétés modernes ne peuvent apporter aux hommes le bonheur auquel ils aspirent légitimement. Cette Positio semblera sans doute alarmiste à certains, mais « il n’y a pire sourd que celui qui ne veut pas entendre et pire aveugle que celui qui ne veut pas voir ».

L’Humanité actuelle est à la fois troublée et désemparée. Les progrès immenses qu’elle a accomplis sur le plan matériel ne lui ont pas vraiment apporté le bonheur et ne lui permettent pas d’entrevoir le futur avec sérénité : guerres, famines, épidémies, catastrophes écologiques, crises sociales, atteintes aux libertés fondamentales, autant de fléaux qui contredisent l’espoir que l’Homme avait placé en son avenir. C’est pourquoi nous adressons ce message à qui voudra bien l’entendre. Il est dans la lignée de celui que les Rose-Croix du XVIIe siècle exprimèrent à travers les trois premiers Manifestes, mais pour le comprendre, il faut lire le grand livre de l’Histoire avec réalisme et poser un regard lucide sur l’Humanité, cet édifice fait d’hommes et de femmes en voie d’évolution.

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 POSITIO R+C

L’Homme évolue à travers le Temps, comme le fait d’ailleurs tout ce qui participe à son cadre de vie, ainsi que l’Univers lui-même. C’est là une caractéristique de tout ce qui existe dans le monde manifesté. Mais nous pensons que l’évolution de l’Homme ne se limite pas aux aspects matériels de son existence, convaincus que nous sommes qu’il possède une âme, c’est-à-dire une dimension spirituelle. Selon nous, c’est elle qui fait de lui un être conscient, capable de réfléchir sur son origine et sur sa destinée. C’est pourquoi nous considérons l’évolution de l’Humanité comme une fin, la Spiritualité comme un moyen, et le Temps comme un révélateur.

L’Histoire n’est pas tant intelligible par les événements qui la génèrent ou qu’elle génère, que par les liens qui les unissent. Par ailleurs, elle possède un sens, ce que la plupart des historiens actuels admettent volontiers. Pour la comprendre, il faut donc prendre en considération les événements, certes en tant qu’éléments isolés, mais aussi et surtout en tant qu’éléments d’un tout. En effet, nous pensons qu’un fait n’est vraiment historique qu’en relation avec l’ensemble auquel il appartient. Dissocier les deux, ou faire de leur dissociation une morale de l’Histoire, constitue une escroquerie intellectuelle. C’est ainsi qu’il existe des proximités, des juxtapositions, des coïncidences ou des concomitances qui ne doivent rien au hasard.

Comme nous l’avons dit dans le Prologue, nous voyons une similitude entre la situation actuelle du monde et celle de l’Europe au XVIIe siècle. Ce que d’aucuns qualifient déjà de « post-modernité » a entraîné des effets comparables dans de nombreux domaines et a malheureusement provoqué une certaine dégénérescence de l’Humanité. Mais nous pensons que cette dégénérescence n’est que temporaire et qu’elle aboutira à une Régénération individuelle et collective, à condition néanmoins que les hommes donnent une direction humaniste et spiritualiste à leur avenir. S’ils ne le font pas, ils s’exposent en effet à des problèmes beaucoup plus graves encore que ceux auxquels ils sont confrontés actuellement.

En raison de notre Ontologie, nous considérons que l’Homme est la créature la plus évoluée de celles qui vivent sur Terre, même s’il se comporte souvent d’une manière indigne au regard de ce statut. S’il occupe cette situation privilégiée, c’est parce qu’il possède la conscience de soi et le libre arbitre. Il est donc capable de penser et d’orienter son existence par ses propres choix. Nous croyons également que tout être humain est une cellule élémentaire d’un seul et même corps, celui de l’Humanité entière. En vertu de ce principe, notre conception de l’Humanisme consiste à dire que tous les hommes devraient avoir les mêmes droits, bénéficier du même respect et jouir de la même liberté, et ce, indépendamment du pays où ils sont nés et de celui où ils vivent.

Quant à notre conception de la Spiritualité, elle est fondée, d’une part sur la conviction que Dieu existe en tant qu’Intelligence absolue ayant créé l’Univers et tout ce qu’il contient, et d’autre part sur la certitude que l’Homme possède une âme qui émane de Lui. Mieux encore, nous pensons que Dieu Se manifeste dans toute la Création à travers des lois que l’Homme doit étudier, comprendre et respecter pour son plus grand bonheur. En fait, nous considérons que l’Humanité évolue vers la compréhension du Plan divin et qu’elle est destinée à créer sur Terre une Société idéale. Cet humanisme spiritualiste peut sembler utopique, mais nous rejoignons Platon qui déclara dans la République : « L’Utopie est la forme de Société idéale. Peut-être est-il impossible de la réaliser sur Terre, mais c’est en elle qu’un sage doit placer tous ses espoirs ».

En cette période charnière de l’Histoire, la Régénération de l’Humanité nous semble plus que jamais possible en raison de la convergence des consciences, de la généralisation des échanges internationaux, de l’extension du métissage culturel, de la mondialisation de l’information, ainsi que de l’interdisciplinarité qui existe désormais entre les différentes branches du savoir. Mais nous pensons que cette Régénération, qui doit opérer aussi bien sur le plan individuel que collectif, ne peut se faire qu’en privilégiant l’éclectisme et son corollaire : la tolérance. En effet, aucune institution politique, aucune religion, aucune philosophie, aucune science ne détient le monopole de la Vérité. Cela dit, on peut s’en approcher en mettant en commun ce qu’elles ont de plus noble à offrir aux hommes, ce qui revient à rechercher l’unité à travers la diversité.

Tôt ou tard, les vicissitudes de l’existence mènent l’Homme à s’interroger sur la raison de sa présence sur Terre. Cette recherche d’une justification est naturelle, car elle fait partie intégrante de l’âme humaine et constitue le fondement de son évolution. Par ailleurs, les événements qui jalonnent l’Histoire ne se justifient pas par le seul fait qu’ils existent ; ils postulent une raison qui leur est extérieure. Nous pensons que cette raison s’intègre elle-même dans un processus spirituel qui incite l’Homme à se questionner sur les mystères de la vie, d’où l’intérêt qu’il accorde un jour ou l’autre au mysticisme et à la «quête de Vérité». Si cette recherche est naturelle, nous ajoutons que l’Homme est poussé à l’espoir et à l’optimisme par une injonction de sa nature divine et par un instinct biologique de survie. En cela, l’aspiration à la Transcendance apparaît comme une exigence vitale de l’espèce humaine.

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S’agissant de la politique, nous pensons qu’elle doit impérativement se renouveler. Parmi les grands modèles du XXe siècle, le marxisme-léninisme et le national-socialisme, fondés sur des postulats sociaux prétendument définitifs, ont conduit à une régression de la raison et finalement à la barbarie. Les déterminismes corrélatifs à ces deux idéologies totalitaires se sont fatalement heurtés au besoin d’auto-détermination de l’Homme, trahissant ainsi son droit à la liberté et écrivant du même coup certaines des pages les plus noires de l’Histoire. Et l’Histoire les a l’une et l’autre disqualifiées, espérons-le pour toujours. Quoi qu’on en pense, les systèmes politiques fondés sur un monologisme, c’est-à-dire sur une pensée unique, ont souvent en commun d’imposer à l’Homme « une doctrine du salut » censée le libérer de sa condition imparfaite et l’élever à un statut « paradisiaque ». Par ailleurs, la plupart d’entre eux ne demandent pas au citoyen de réfléchir mais de croire, ce qui les apparente en fait à des « religions laïques ».

A l’inverse, les courants de pensée comme le Rosicrucianisme ne sont pas monologiques, mais dialogiques et pluralistes. Autrement dit, ils encouragent le dialogue avec autrui et favorisent les relations humaines. Parallèlement, ils acceptent la pluralité d’opinions et la diversité des comportements. De tels courants se nourrissent donc d’échanges, d’interactions et même de contradictions, ce qu’interdisent et s’interdisent les idéologies totalitaires. C’est d’ailleurs pour cette raison que la Pensée rosicrucienne a toujours été rejetée par les totalitarismes, quelle qu’en soit la nature. Depuis ses origines, notre Fraternité prône le droit de se forger librement ses idées et de les exprimer tout aussi librement. En cela, les Rose-Croix ne sont pas nécessairement des libres-penseurs, mais tous sont des penseurs libres.

En l’état actuel du monde, il nous semble que la démocratie reste la meilleure forme de gouvernement, ce qui n’exclut pas certaines faiblesses. En effet, toute démocratie véritable étant fondée sur la liberté d’opinion et d’expression, on y trouve généralement une pluralité de tendances, tant parmi les gouvernants que parmi les gouvernés. Malheureusement, cette pluralité engendre souvent la division, avec tous les conflits qui en résultent. C’est ainsi que la plupart des États démocratiques manifestent des clivages qui s’opposent continuellement et de façon presque systématique. Ces clivages politiques, gravitant le plus souvent autour d’une majorité et d’une opposition, ne nous semblent plus adaptés aux sociétés modernes et freinent la Régénération de l’Humanité. L’idéal en la matière serait pour chaque nation de favoriser l’émergence d’un gouvernement réunissant, toutes tendances confondues, les personnalités les plus aptes à diriger les affaires de l’État. Par extension, nous souhaitons qu’il existe un jour un Gouvernement mondial représentatif de toutes les nations, dont l’O.N.U. n’est qu’un embryon.

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S’agissant de l’économie, nous pensons qu’elle est en pleine dérive. Chacun peut constater qu’elle conditionne de plus en plus l’activité humaine et qu’elle est de plus en plus normative. De nos jours, elle prend la forme de réseaux structurés très influents, et donc dirigistes, quelles que soient leurs apparences. D’autre part, elle fonctionne plus que jamais à partir de valeurs déterminées que l’on veut quantifiables : coût de production, seuil de rentabilité, évaluation du profit, durée du travail, etc. Ces valeurs sont consubstantielles au système économique actuel et lui fournissent les moyens d’atteindre les fins qu’il poursuit. Malheureusement, ces fins sont fondamentalement matérialistes, parce que basées sur le profit et l’enrichissement à outrance. C’est ainsi que l’on en est venu à mettre l’Homme au service de l’économie, alors que c’est l’économie qui devrait être mise au service de l’Homme.

De nos jours, toutes les nations sont tributaires d’une économie mondiale que l’on peut qualifier de « totalitaire ». Ce totalitarisme économique ne répond pas aux besoins les plus élémentaires de centaines de millions de personnes, alors que les masses monétaires n’ont jamais été aussi colossales sur un plan mondial. Cela veut dire que les richesses produites par les hommes ne profitent qu’à une minorité d’entre eux, ce que nous déplorons. En fait, nous constatons que l’écart ne cesse de se creuser entre les pays les plus riches et les pays les plus pauvres. On peut observer le même phénomène dans chaque pays entre les plus démunis et les plus favorisés. Nous pensons qu’il en est ainsi parce que l’économie est devenue trop spéculative et qu’elle alimente des marchés et des intérêts qui sont plus virtuels que réels.

De toute évidence, l’économie ne remplira son rôle que lorsqu’elle sera mise au service de tous les hommes. Cela suppose que l’on en vienne à considérer l’argent pour ce qu’il doit être, à savoir un moyen d’échange et une énergie destinée à procurer à chacun ce dont il a besoin pour vivre heureux sur le plan matériel. En cela, nous sommes convaincus que l’Homme n’est pas destiné à être pauvre, et encore moins miséreux, mais au contraire à disposer de tout ce qui peut contribuer à son bien-être, afin qu’il puisse élever son âme en toute quiétude vers des plans de conscience supérieurs. Dans l’absolu, l’économie devrait être utilisée de telle manière qu’il n’y ait plus de pauvres et que toute personne vive dans de bonnes conditions matérielles, car tel est le fondement de la dignité humaine. La pauvreté n’est pas une fatalité ; elle n’est pas non plus l’effet d’un Décret divin. D’une manière générale, elle résulte de l’égoïsme des hommes. Nous espérons donc que le jour viendra où l’économie sera fondée sur le partage et la prise en considération du bien commun. Néanmoins, les ressources de la Terre ne sont pas inépuisables et ne peuvent être partagées à l’infini, de sorte qu’il faudra certainement réguler les naissances, notamment dans les pays surpeuplés.

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S’agissant de la science, nous pensons qu’elle est parvenue à une phase particulièrement critique. Certes, on ne peut nier qu’elle a beaucoup évolué et qu’elle a permis à l’Humanité d’accomplir des progrès considérables. Sans elle, les hommes en seraient toujours à l’âge de pierre. Mais là où la civilisation grecque avait élaboré une conception qualitative de la recherche scientifique, le XVIIe siècle a provoqué un véritable séisme en instaurant la suprématie du quantitatif, ce qui n’est pas sans rapport avec l’évolution de l’économie. Le mécanisme, le rationalisme, le positivisme, etc., ont fait de la conscience et de la matière deux domaines bien distincts et ont réduit tout phénomène à une entité mesurable et dépourvue de subjectivité. Le « comment » a éliminé le « pourquoi ». S’il est un fait que les recherches entreprises au cours des dernières décennies ont abouti à des découvertes importantes, l’enjeu financier semble avoir primé sur le reste. Et nous sommes à présent parvenus au sommet du matérialisme scientifique.

Nous nous sommes rendus esclaves de la science, plus que nous ne l’avons soumise à notre volonté. De simples défaillances technologiques sont aujourd’hui capables de mettre en péril les sociétés les plus avancées, ce qui prouve que l’Homme a créé un déséquilibre entre le qualitatif et le quantitatif, mais également entre lui-même et ce qu’il crée. Les buts matérialistes qu’il poursuit de nos jours à travers la recherche scientifique ont fini par égarer son esprit. Parallèlement, ils l’ont éloigné de son âme et de ce qu’il y a de plus divin en lui. Cette rationalisation excessive de la science est un danger réel qui menace l’Humanité à moyen et peut-être même à court terme. En effet, toute société dans laquelle la matière domine la conscience développe ce qu’il y a de moins noble dans la nature humaine. De ce fait, elle se condamne à disparaître prématurément et dans des circonstances le plus souvent tragiques.

Dans une certaine mesure, la science est devenue une religion, mais une religion matérialiste, ce qui est paradoxal. Fondée sur une approche mécaniste de l’Univers, de la Nature et de l’Homme lui-même, elle possède son propre credo (« Ne croire que ce qu’elle voit ») et son propre dogme (« Point de vérité en dehors d’elle »). Cela dit, nous remarquons néanmoins que les recherches qu’elle mène sur le comment des choses la conduisent de plus en plus à s’interroger sur le pourquoi, de sorte qu’elle prend peu à peu conscience de ses limites et commence en cela à rejoindre le mysticisme. Certains scientifiques, encore rares il est vrai, en sont même venus à poser l’existence de Dieu comme postulat. Il est à noter que la science et le mysticisme étaient très liés dans l’Antiquité, à tel point que les scientifiques étaient des mystiques, et inversement. C’est précisément à la réunification de ces deux voies de connaissance qu’il faudra œuvrer au cours des prochaines décennies.

Il est devenu nécessaire de repenser la question du savoir. Quel est, par exemple, le sens réel de la reproductibilité d’une expérience ? Une proposition qui ne se vérifie pas dans tous les cas est-elle nécessairement fausse ? Il nous semble urgent de dépasser le dualisme rationnel mis en place au XVIIe siècle, car c’est dans ce dépassement que réside la véritable connaissance. Dans cet ordre d’idée, le fait de ne pas pouvoir prouver l’existence de Dieu n’est pas suffisant pour affirmer qu’Il n’existe pas. La vérité peut avoir plusieurs visages ; en retenir un seul au nom de la rationalité est une insulte à la raison. D’ailleurs, peut-on vraiment parler de rationnel ou d’irrationnel ? La science elle-même est-elle rationnelle, elle qui croit au hasard ? Il nous semble en effet beaucoup plus irrationnel d’y croire que de ne pas y croire. A ce sujet, nous devons dire que notre Fraternité s’est toujours opposée à la notion commune du hasard, qu’elle considère comme une solution de facilité et une démission face au réel. Nous voyons en lui ce qu’en a dit Albert Einstein, à savoir : « Le Sentier que Dieu emprunte lorsqu’Il veut rester anonyme ».

L’évolution de la science pose également des problèmes nouveaux sur les plans éthique et métaphysique. S’il est indéniable que les recherches en génétique ont permis d’accomplir de grands progrès dans le traitement de maladies a priori incurables, elles ont ouvert la voie à des manipulations permettant de créer des êtres humains par clonage. Ce genre de procréation ne peut mener qu’à un appauvrissement génétique de l’espèce humaine et à la dégénérescence de celle-ci. Elle suppose en outre des critères de sélection inévitablement empreints de subjectivité et présente par conséquent des risques en matière d’eugénisme. Par ailleurs, la reproduction par clonage ne tient compte que de la partie physique et matérielle de l’être humain, sans s’attacher à l’esprit ni à l’âme. C’est pourquoi nous considérons que cette manipulation génétique porte atteinte, non seulement à sa dignité, mais également à son intégrité mentale, psychique et spirituelle. En cela, nous souscrivons à l’adage «Science sans conscience n’est que ruine de l’âme». L’appropriation de l’Homme par l’Homme n’a laissé que de tristes souvenirs dans l’Histoire. Il nous semble donc dangereux de laisser libre cours aux expérimentations concernant le clonage reproductif de l’être humain en particulier, et des êtres vivants en général. Nous avons les mêmes craintes à propos des manipulations touchant le patrimoine génétique des animaux comme des végétaux.

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S’agissant de la technologie, nous constatons qu’elle aussi est en pleine mutation. Depuis toujours, les hommes ont cherché à fabriquer des outils et des machines pour améliorer leurs conditions de vie et être plus efficaces dans leur travail. Dans son aspect le plus positif, ce désir avait à l’origine trois buts majeurs : leur permettre de réaliser des choses qu’ils ne pouvaient pas faire en utilisant seulement leurs mains ; leur épargner de la peine et de la fatigue ; gagner du temps. Il faut noter également que pendant des siècles, pour ne pas dire des millénaires, la technologie ne fut employée que pour aider l’Homme dans des travaux manuels et des activités physiques, alors que de nos jours elle l’assiste également sur le plan intellectuel. Par ailleurs, elle s’est limitée très longtemps à des procédés mécaniques qui nécessitaient l’intervention directe de l’Homme et ne portaient pas ou peu atteinte à l’environnement.

Désormais, la technologie est omniprésente et constitue le cœur des sociétés modernes, au point qu’elle est devenue quasiment indispensable. Ses applications sont multiples et elle intègre désormais des procédés aussi bien mécaniques qu’électriques, électroniques, informatiques, etc. Malheureusement, toute médaille a son revers, et les machines sont devenues un danger pour l’Homme lui-même. En effet, alors qu’elles étaient destinées idéalement à l’aider et à lui épargner de la peine, elles en sont venues à le remplacer. Par ailleurs, on ne peut nier que le développement progressif du machinisme a provoqué une certaine déshumanisation de la société, en ce sens qu’il a réduit considérablement les contacts humains, nous entendons les contacts physiques et directs. A cela s’ajoutent toutes les formes de pollution que l’industrialisation a générées dans de nombreux domaines.

Le problème posé actuellement par la technologie provient du fait qu’elle a évolué beaucoup plus vite que la conscience humaine. Aussi, nous pensons qu’il est urgent qu’elle marque une rupture avec le modernisme actuel et devienne un agent d’humanisme. Pour cela, il est impératif de replacer l’Homme au centre de la vie sociale, ce qui, conformément à ce que nous avons dit à propos de l’économie, implique de remettre la machine à son service. Une telle perspective nécessite une totale remise en cause des valeurs matérialistes qui conditionnent la société actuelle. Cela suppose par conséquent que tous les hommes se recentrent sur eux-mêmes et comprennent enfin qu’il faut privilégier la qualité de vie et cesser cette course effrénée contre le Temps. Or, cela n’est possible que s’ils réapprennent à vivre en harmonie, non seulement avec la Nature, mais également avec eux-mêmes. L’idéal serait que la technologie évolue de telle manière qu’elle libère l’Homme des tâches les plus pénibles tout en lui permettant de s’épanouir harmonieusement au contact des autres.

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S’agissant des grandes religions, nous pensons qu’elles manifestent actuellement deux mouvements contraires : l’un centripète, l’autre centrifuge. Le premier consiste en une pratique radicale que l’on peut observer sous forme d’intégrismes au sein du Christianisme, du Judaïsme, de l’Islam ou de l’Hindouisme, entre autres. Le second se traduit par un délaissement de leur credo en général et de leurs dogmes en particulier. L’individu n’accepte plus de se tenir à la périphérie d’un système de croyances, fût-il celui d’une religion dite révélée. Désormais, il veut se placer au centre d’un système de pensée issu de sa propre expérience. En cela, l’acceptation des dogmes religieux n’est plus automatique. Les croyants ont acquis un certain sens critique à l’égard des questions religieuses, et la validité de leurs convictions répond de plus en plus à une auto-validation. Là où le besoin de Spiritualité a produit jadis quelques religions ayant une forme arborescente (celle d’un arbre bien enraciné dans son terrain socio-culturel, qu’elles ont d’ailleurs contribué à enrichir), il prend de nos jours la forme d’une structure en rhizome, faite d’arbustes multiples et variés. Mais l’Esprit ne souffle-t-il pas où Il veut ?

C’est ainsi qu’apparaissent de nos jours, en marge ou à la place des grandes religions, des groupes d’affinités, des communautés d’idées ou des mouvements de pensée, au sein desquelles les doctrines, davantage proposées qu’imposées, sont admises par une adhésion volontaire. Indépendamment de la nature intrinsèque de ces communautés, de ces groupes ou de ces mouvements, leur multiplication traduit une diversification de la quête spirituelle. D’une manière générale, nous pensons que cette diversification est due au fait que les grandes religions, que nous respectons en tant que telles, ne détiennent plus le monopole de la foi. Si tel est le cas, c’est parce qu’elles répondent de moins en moins au questionnement de l’Homme et ne le satisfont plus sur le plan intérieur. C’est peut-être aussi parce qu’elles se sont éloignées de la Spiritualité. Or, celle-ci, bien qu’immuable en essence, cherche constamment à s’exprimer à travers des véhicules toujours mieux adaptés à l’évolution de l’Humanité.

La survie des grandes religions dépend plus que jamais de leur aptitude à renoncer aux croyances et aux positions les plus dogmatiques qu’elles ont adoptées au fil des siècles, tant sur le plan moral que doctrinal. Pour qu’elles perdurent, elles doivent impérativement s’adapter à la société. Si elles ne tiennent compte ni de l’évolution des consciences ni des progrès de la science, elles se condamnent à disparaître à plus ou moins long terme, non sans provoquer davantage encore de conflits ethnico-socio-religieux. Mais en fait, nous présumons que leur disparition est inéluctable et que sous l’effet de la mondialisation des consciences, elles donneront naissance à une Religion universelle qui intégrera ce qu’elles avaient de meilleur à offrir à l’Humanité pour sa Régénération. Par ailleurs, nous pensons que le désir de connaître les lois divines, c’est-à-dire les lois naturelles, universelles et spirituelles, supplantera tôt ou tard le seul besoin de croire en Dieu. En cela, nous postulons que la croyance cédera un jour la place à la Connaissance.

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S’agissant de la morale, au sens que nous donnons à ce mot devenu équivoque, nous pensons qu’elle est de plus en plus bafouée. Pour nous, elle ne désigne pas l’obéissance aveugle à des règles (pour ne pas dire à des dogmes) sociales, religieuses, politiques ou autres. Or, c’est ainsi que nombre de nos concitoyens perçoivent la morale de nos jours, d’où son rejet actuel. Nous considérons plutôt qu’elle se rapporte au respect que tout individu devrait avoir à l’égard de lui-même, d’autrui et de l’environnement. Le respect de soi-même consiste à vivre conformément à ses idées et à ne pas s’autoriser des comportements que l’on réprouve chez les autres. Le respect d’autrui consiste tout simplement à ne pas faire à notre prochain ce que l’on ne voudrait pas qu’il nous fasse, ce qu’ont enseigné tous les sages du passé. Quant au respect de l’environnement, osons dire qu’il coule de source : respecter la nature et la préserver pour les générations futures. Vue sous cet angle, la morale implique un équilibre entre les droits et les devoirs de chacun, ce qui lui donne une dimension humaniste n’ayant rien de moralisateur.

La morale, au sens que nous venons de définir, pose tout le problème de l’éducation. Or, celle-ci nous semble en perdition. La plupart des parents ont démissionné dans ce domaine ou n’ont plus les repères voulus pour éduquer correctement leurs enfants. Parmi eux, beaucoup se déchargent sur les enseignants pour pallier cette carence. Mais le rôle d’un enseignant n’est-il pas avant tout d’instruire, c’est-à-dire de transmettre des connaissances ? L’éducation, quant à elle, consiste plutôt à inculquer des valeurs civiques et éthiques. En cela, nous partageons l’idée de Socrate, qui voyait en elle «l’art d’éveiller les vertus de l’âme», telles l’humilité, la générosité, l’honnêteté, la tolérance, la bienveillance, etc. Indépendamment de toute considération d’ordre spirituel, nous pensons que ce sont ces vertus que les parents, et d’une manière générale les adultes, devraient inculquer aux enfants. Naturellement, cela implique, sinon qu’eux-mêmes les aient acquises, du moins qu’ils aient conscience de la nécessité de les acquérir.

Vous savez certainement que les Rose-Croix du passé pratiquaient l’alchimie matérielle, laquelle consistait à transmuter en or les métaux vils, l’étain et le plomb notamment. Ce que l’on ignore souvent, c’est qu’ils s’adonnaient aussi à l’alchimie spirituelle. Nous, Rose-Croix des temps présents, donnons priorité à cette forme d’alchimie, car c’est d’elle dont le monde a plus que jamais besoin. Celle-ci consiste, pour tout être humain, à transmuter chacun de ses défauts en sa qualité opposée, afin, précisément, d’acquérir les vertus auxquelles nous nous sommes référés précédemment. Nous pensons en effet que ce sont ces vertus qui font la dignité humaine, car l’Homme n’est digne de son statut que s’il les exprime à travers ce qu’il pense, dit et fait. Nul doute que si tous les individus, quelles que soient leurs croyances religieuses, leurs idées politiques ou autres, faisaient l’effort de les acquérir, le monde serait meilleur. Ainsi donc, l’Humanité peut et doit se régénérer, mais il faut pour cela que tout être humain se régénère lui-même, y compris sur le plan moral.

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S’agissant de l’art, nous pensons qu’il a suivi au cours des siècles passés, et plus particulièrement durant les dernières décennies, un mouvement d’intellectualisation qui l’a conduit vers toujours plus d’abstraction. Ce processus a scindé l’art en deux courants opposés : un art élitiste et un art populaire. L’art élitiste est précisément celui qui s’exprime à travers l’abstrait et dont la compréhension n’est limitée le plus souvent qu’à ceux qui se disent ou que l’on dit initiés. Par une réaction naturelle, l’art populaire s’oppose à cette tendance en renforçant sa manière de traduire le concret, parfois d’une manière excessivement figurative. Mais aussi paradoxal que cela paraisse, l’un et l’autre plongent de plus en plus profondément dans la matière, tant il est vrai que les extrêmes se rejoignent. C’est ainsi que l’art est devenu structurellement et idéologiquement matérialiste, à l’image de la plupart des domaines de l’activité humaine. De nos jours, il traduit davantage les pulsions de l’ego que les aspirations de l’âme, ce que nous regrettons.

Nous croyons que l’art véritablement inspiré consiste à traduire sur le plan humain la beauté et la pureté du Plan divin. En cela, le bruit n’est pas de la musique ; le barbouillage n’est pas de la peinture ; le concassage n’est pas de la sculpture ; le défoulement n’est pas de la danse. Lorsqu’ils ne sont pas des effets de mode, ce sont des moyens d’expression qui traduisent un message sociologique que l’on aurait tort de négliger. On peut naturellement les apprécier, mais il nous semble inopportun de les qualifier d’«artistiques». Pour que les arts participent à la Régénération de l’Humanité, nous pensons qu’ils doivent puiser leur inspiration dans les archétypes naturels, universels et spirituels, ce qui implique que les artistes « s’élèvent » vers ces archétypes, plutôt que de « descendre » vers les stéréotypes les plus communs. Parallèlement, il faut absolument que les arts se donnent une finalité esthétique. Telles sont pour nous les deux conditions majeures à réunir pour qu’ils contribuent réellement à l’élévation des consciences et soient l’expression humaine de l’Harmonie cosmique.

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S’agissant des relations de l’Homme avec ses semblables, nous pensons qu’elles sont de plus en plus intéressées et qu’elles laissent de moins en moins de place à l’altruisme. Certes, des élans de solidarité se manifestent, mais c’est le plus souvent occasionnellement, lors de catastrophes (inondations, tempêtes, tremblements de terre, etc.). En temps ordinaire, c’est le « chacun pour soi » qui prédomine dans les comportements. Selon nous, cette montée de l’individualisme est là encore une conséquence du matérialisme excessif qui sévit actuellement dans les sociétés modernes. Néanmoins, l’isolement qui en découle devrait finir tôt ou tard par générer le désir et le besoin de renouer le contact avec l’autre. Par ailleurs, on peut espérer que cette solitude amènera chacun à s’intérioriser davantage et à s’ouvrir finalement à la Spiritualité.

La généralisation de la violence nous semble également très préoccupante. Certes, elle a toujours existé, mais elle s’exprime de plus en plus dans les comportements individuels. Plus grave encore, elle se manifeste de plus en plus tôt. En ce début du XXIe siècle, un enfant en tue un autre sans état d’âme apparent. A cette violence effective s’ajoute une violence fictive qui a envahi les écrans de cinéma et de télévision. La première inspire la seconde et la seconde nourrit la première, créant un cercle vicieux qu’il est grand temps d’arrêter. En cela, s’il est indéniable que la violence a des causes multiples (misère sociale, éclatement de la famille, désir de vengeance, besoin de domination, sentiment d’injustice, etc.), son facteur le plus déclenchant n’est autre que la violence elle-même. De toute évidence, cette culture de la violence est pernicieuse et ne peut être constructive, d’autant plus que pour la première fois dans l’Histoire connue, l’Humanité a les moyens de s’auto-détruire à l’échelle planétaire.

Paradoxe des temps modernes, nous constatons par ailleurs qu’à l’ère de la communication, les individus ne communiquent pratiquement plus. Les membres d’une même famille ne dialoguent plus entre eux, tout occupés qu’ils sont à écouter la radio, regarder la télévision ou surfer sur Internet. Le même constat s’impose sur un plan plus général : la télécommunication supplante la communication proprement dite. Ce faisant, elle installe l’Homme dans une grande solitude et renforce l’individualisme dont nous avons parlé précédemment. Que l’on nous comprenne bien : l’individualisme, en tant que droit naturel à vivre de manière autonome et responsable ne nous paraît absolument pas condamnable, bien au contraire. Mais qu’il devienne un mode de vie fondé sur la négation de l’autre nous semble particulièrement grave, car il contribue à la désagrégation du milieu familial et du tissu social.

Aussi contradictoire que cela paraisse, nous pensons que le manque de communication actuel entre nos concitoyens résulte en partie d’un excès d’information. Il ne s’agit naturellement pas de remettre en cause le devoir d’informer et le droit d’être informé, car l’un et l’autre sont les piliers de toute démocratie véritable. Il nous semble néanmoins que l’information est devenue à la fois excessive et envahissante, au point de générer son contraire : la désinformation. Nous regrettons également qu’elle se focalise avant tout sur la précarité de la condition humaine et mette autant en exergue les aspects négatifs du comportement humain. Ce faisant, elle nourrit au mieux le pessimisme, la tristesse et le désespoir ; au pire la suspicion, la division et la rancœur. S’il est légitime de montrer ce qui participe à la laideur du monde, il est dans l’intérêt de tous de révéler ce qui en fait la beauté. Plus que jamais le monde a besoin d’optimisme, d’espoir et d’unité.

La compréhension de l’Homme par l’Homme constituerait une avancée considérable, plus radicale encore que l’essor scientifique et technologique qu’a connu le XXe siècle. C’est pourquoi toute société doit favoriser les rencontres directes entre ses membres, mais également s’ouvrir sur le monde. En cela, nous défendons la cause d’une Fraternité humaine faisant de tout individu un Citoyen du monde, ce qui suppose de mettre fin à toute discrimination ou ségrégation d’ordre racial, ethnique, social, religieux, politique ou autre. Finalement, il s’agit d’œuvrer à l’avènement d’une Culture de la Paix, fondée sur l’intégration et la coopération, ce à quoi les Rosicruciens se sont toujours employés. L’Humanité étant une en essence, son bonheur n’est possible qu’en favorisant celui de tous les hommes, sans exception.

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S’agissant des relations de l’Homme avec la Nature, nous pensons qu’elles n’ont jamais été aussi mauvaises sur un plan d’ensemble. Chacun peut constater que l’activité humaine a des effets de plus en plus nocifs et dégradants sur l’environnement. Pourtant, il est évident que la survie de l’espèce humaine dépend de son aptitude à respecter les équilibres naturels. Le développement de la Civilisation a généré nombre de dangers par suite de manipulations biologiques touchant à l’alimentation, d’utilisation à grande échelle d’agents polluants, d’accumulation mal contrôlée des déchets nucléaires, pour ne citer que quelques risques majeurs. La protection de la Nature, et donc la sauvegarde de l’Humanité, est devenue une question de citoyenneté, alors qu’elle ne concernait auparavant que les spécialistes. De plus, elle se pose désormais sur un plan mondial. Ceci est d’autant plus important que le concept même de Nature a changé et que l’Homme s’en trouve partie prenante : on ne peut plus parler aujourd’hui de « Nature en soi ». La Nature sera donc ce que l’Homme voudra qu’elle soit.

L’une des caractéristiques de l’époque actuelle est sa grande consommation d’énergie. Ce phénomène ne serait pas en lui-même inquiétant s’il était géré avec intelligence. Mais nous remarquons que les ressources naturelles sont surexploitées et s’épuisent graduellement (charbon, gaz, pétrole). Par ailleurs, certaines sources d’énergie (centrales nucléaires) présentent des risques importants qu’il est très difficile de maîtriser. Nous observons également qu’en dépit des tentatives récentes de concertation, certains dangers, comme l’émission de gaz à effets de serre, la désertification, la déforestation, la pollution des océans, etc., ne font pas l’objet de mesures adéquates, faute d’une volonté suffisante. Outre que ces atteintes à l’environnement font courir des risques très graves à l’Humanité, elles traduisent un grand manque de maturité, tant sur le plan individuel que collectif. Quoi qu’on en dise, nous pensons que les dérèglements climatiques actuels, avec leur lot de tempêtes, d’inondations, etc., sont une conséquence des agressions que les hommes infligent depuis trop longtemps à notre planète.

De toute évidence, un autre problème majeur ne manquera pas de se poser d’une façon de plus en plus cruciale dans l’avenir : celui de l’eau. Elle est un élément indispensable au maintien et au développement de la vie. Sous une forme ou sous une autre, tous les êtres vivants en ont besoin. L’Homme ne fait pas exception à cette loi naturelle, ne serait-ce que parce que son corps en contient 70 %. Or, l’accès à l’eau douce est aujourd’hui limité pour environ un habitant du globe sur six, proportion qui risque d’atteindre un sur quatre avant un demi-siècle, du fait de l’augmentation de la population mondiale et de la pollution des rivières et des fleuves. Les plus grands spécialistes s’accordent à dire aujourd’hui que  » l’or blanc  » sera, plus que  » l’or noir « , l’enjeu de ce siècle, avec tous les risques de conflits que cela suppose. Une prise de conscience globale de ce problème s’impose également.

La pollution de l’air comporte aussi des dangers importants pour la vie en général, et pour l’espèce humaine en particulier. L’industrie, le chauffage et les transports participent à une dégradation de sa qualité et polluent l’atmosphère, source de risques pour la santé publique. Les zones urbaines sont les plus touchées par ce phénomène, qui menace donc de s’amplifier au fur et à mesure de l’urbanisation. Dans cet ordre d’idée, l’hypertrophie des villes constitue un péril non négligeable pour l’équilibre des sociétés. A propos de leur accroissement, nous adoptons l’avis que Platon, auquel nous nous sommes déjà référés, émettait à son époque : « Jusqu’au point où, agrandie, elle conserve son unité, la cité peut prendre de l’extension, mais non pas au-delà ». Le gigantisme ne peut favoriser l’humanisme, au sens où nous l’avons défini. Il entraîne nécessairement des déchirements au sein des grandes villes et engendre le mal-être et l’insécurité.

Le comportement de l’Homme envers les animaux fait également partie de ses relations avec la Nature. Il a pour devoir de les aimer et de les respecter. Tous font partie de la chaîne de la vie, telle qu’elle se manifeste sur Terre, et tous sont des agents de l’Évolution. A leur niveau, ils sont également des véhicules de l’Ame divine et participent au Plan divin. Nous allons même jusqu’à considérer que les plus évolués d’entre eux sont des hommes en devenir. Pour toutes ces raisons, nous trouvons indignes les conditions dans lesquelles nombre d’entre eux sont élevés et abattus. Quant à la vivisection, nous voyons en elle un acte de barbarie. D’une manière générale, nous considérons que la fraternité doit inclure tous les êtres que la vie à mis au monde. Aussi, nous partageons ces propos attribués à Pythagore :

« Tant que les hommes continueront à détruire sans pitié les êtres vivants des règnes inférieurs, ils ne connaîtront ni la santé ni la paix. Tant qu’ils massacreront les animaux, ils s’entretueront. En effet, qui sème le meurtre et la douleur ne peut récolter la joie et l’amour ».

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S’agissant des relations de l’Homme avec l’Univers, nous pensons qu’elles sont fondées sur l’interdépendance. L’Homme étant un enfant de la Terre et la Terre un enfant de l’Univers, l’Homme est donc un enfant de l’Univers. C’est ainsi que les atomes qui composent le corps humain proviennent de la Nature et se retrouvent aux confins du Cosmos, ce qui fait dire aux astrophysiciens que «l’Homme est un enfant des étoiles». Mais si l’Homme est redevable à l’Univers, l’Univers doit aussi beaucoup à l’Homme : pas son existence, certes, mais sa raison d’exister. En effet, que serait l’Univers si les yeux de l’Homme ne pouvaient le contempler, si sa conscience ne pouvait l’embrasser, si son âme ne pouvait s’y réfléchir ? En réalité, l’Univers et l’Homme ont besoin l’un de l’autre pour se connaître et même se reconnaître, ce qui n’est pas sans rappeler le célèbre adage : « Connais-toi toi-même, et tu connaîtras l’Univers et les Dieux ».

Il ne faut pas en déduire pour autant que notre conception de la Création est anthropocentrique. En effet, nous ne faisons pas de l’Homme le centre du Plan divin. Disons plutôt que nous faisons de l’Humanité le centre de nos préoccupations. Selon nous, sa présence sur Terre n’est pas le fruit du hasard ou d’un concours de circonstances. Elle est la conséquence d’une Intention ayant son origine dans cette Intelligence universelle que l’on appelle communément « Dieu ». Or, si Dieu, de par Sa Transcendance, est incompréhensible et inintelligible, il n’en est pas de même pour les lois par lesquelles Il se manifeste dans la Création. Comme nous l’avons déjà mentionné, l’Homme a le pouvoir, sinon le devoir, d’étudier ces lois et de les appliquer pour son bien-être matériel et spirituel. Nous pensons même que c’est dans cette étude et cette application que résident, non seulement sa raison d’être, mais également son bonheur.

Les relations de l’Homme avec l’Univers posent également la question de savoir si la vie existe ailleurs que sur la Terre. Nous en sommes convaincus. Étant donné que l’Univers compte environ cent milliards de galaxies et chaque galaxie environ cent milliards d’étoiles, il existe probablement des millions de systèmes solaires comparables au nôtre. En conséquence, penser que seule notre planète est habitée nous semble très réducteur et constitue une forme d’égocentrisme. Parmi les formes de vie peuplant d’autres mondes, certaines sont probablement plus évoluées que celles qui existent sur Terre ; d’autres moins. Mais toutes font partie du même Plan divin et participent à l’Évolution cosmique. Quant à savoir si des extraterrestres sont susceptibles de contacter notre Humanité, nous le pensons mais n’en faisons l’objet d’aucune attente. Nous avons d’autres priorités. Cela dit, le jour où se produira ce contact, car il se produira, constituera un événement sans précédent. En effet, l’Histoire de l’Homme se fondra alors dans celle de la Vie universelle…

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EPILOGUE

Cher lecteur,

Voici donc ce que nous souhaitions vous dire à travers ce Manifeste. Peut-être vous a-t-il semblé alarmiste ? En raison même de notre philosophie, soyez pourtant assuré que nous sommes à la fois idéalistes et optimistes, car nous avons confiance en l’Homme et en sa destinée. Lorsque l’on considère ce qu’il a créé de plus utile et de plus beau dans le domaine de la science, de la technologie, de l’architecture, de l’art, de la littérature ou autre, et lorsque l’on songe aux sentiments les plus nobles qu’il est capable d’éprouver et d’exprimer, tels l’émerveillement, la compassion, l’amour, etc, on ne peut douter qu’il possède en lui quelque chose de divin et qu’il est capable de se transcender pour faire le bien. A cet égard, nous pensons, au risque une fois encore de paraître utopiste, que l’Homme a le pouvoir de faire de la Terre un lieu de paix, d’harmonie et de fraternité. Cela ne dépend que de lui.

La situation du monde actuel n’est pas désespérée, mais elle est préoccupante. Ce qui nous préoccupe le plus, ce n’est pas tant l’état de l’Humanité que celui de notre planète. Nous pensons en effet que le Temps n’est pas compté pour l’évolution spirituelle de l’Homme, car son âme étant immortelle, il a en quelque sorte l’éternité pour mener à bien cette évolution. En revanche, la Terre est réellement menacée à moyen terme, tout du moins en tant que cadre de vie pour l’espèce humaine. Le Temps est donc compté pour elle, et nous pensons que sa préservation est le véritable enjeu du XXIe siècle. C’est à elle que la politique, l’économie, la science, la technologie et, d’une manière générale, tous les domaines de l’activité humaine, devraient se consacrer. Est-il vraiment si difficile de comprendre que l’Humanité ne peut trouver le bonheur qu’en vivant en harmonie avec les lois naturelles, et par extension avec les lois divines ? Par ailleurs, est-il si déraisonnable d’admettre qu’elle a les moyens de se sublimer dans son propre intérêt ? Quoi qu’il en soit, si les hommes persistent dans le matérialisme actuel, les prophéties les plus sombres s’accompliront et nul ne sera épargné.

Peu importent les idées politiques, les croyances religieuses, les convictions philosophiques de chacun. Les temps ne sont plus à la division, sous quelque forme que ce soit, mais à l’union : l’union des différences au service du bien commun. En cela, notre Fraternité compte dans ses rangs des Chrétiens, des Juifs, des Musulmans, des Bouddhistes, des Hindouistes, des Animistes et même des Agnostiques. Elle réunit également des personnes appartenant à toutes les catégories sociales et représentant tous les courants politiques classiques. Les hommes et les femmes y ont un statut de totale égalité et chaque membre bénéficie des mêmes prérogatives. C’est cette unité dans la diversité qui fait la puissance de notre idéal et de notre égrégore. S’il en est ainsi, c’est parce que la vertu que nous chérissons le plus est la tolérance, c’est-à-dire, précisément, le droit à la différence. Cela ne fait pas de nous des sages, car la sagesse intègre bien d’autres vertus. Nous nous considérons plutôt comme des philosophes, c’est-à-dire, littéralement, comme des « amoureux de la sagesse ».

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Avant de sceller cette «Positio» et de lui donner ainsi la marque de notre Fraternité, nous souhaitons la clore par une invocation qui traduit ce que l’on pourrait qualifier d’«Utopie rosicrucienne», au sens platonicien du terme. Nous en appelons à la bonne volonté de tous et de chacun, afin que cette Utopie devienne un jour une réalité, pour le plus grand bien de l’Humanité. Peut-être que ce jour ne viendra jamais, mais si tous les hommes s’efforcent d’y croire et agissent en conséquence, le monde n’en sera alors que meilleur…

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Utopie rosicrucienne

Dieu de tous les hommes, Dieu de toute vie, dans l’Humanité dont nous rêvons :

 Les politiciens sont profondément humanistes et œuvrent au service du bien commun,

 Les économistes gèrent les finances des États avec discernement et dans l’intérêt de tous,

 Les savants sont spiritualistes et cherchent leur inspiration dans le Livre de la Nature,

 Les artistes sont inspirés et expriment dans leurs œuvres la beauté et la pureté du Plan divin,

 Les médecins sont animés par l’amour de leurs prochains et soignent aussi bien les âmes que les corps,

 Il n’y a plus de misère ni de pauvreté, car chacun a ce dont il a besoin pour vivre heureux,

 Le travail n’est pas vécu comme une contrainte, mais comme une source d’épanouissement et de bien-être,

 La nature est considérée comme le plus beau des temples et les animaux comme nos frères en voie d’évolution,

 Il existe un Gouvernement mondial formé par les dirigeants de toutes les nations, œuvrant dans l’intérêt de toute l’Humanité,

 La Spiritualité est un idéal et un mode de vie qui prennent leur source dans une Religion universelle, fondée davantage sur la connaissance des lois divines que sur la croyance en Dieu,

 Les relations humaines sont fondées sur l’amour, l’amitié et la fraternité, de sorte que le monde entier vit dans la paix et l’harmonie.

Qu’il en soit ainsi !

Scellé le 20 mars 2001 — Année rosicrucienne 3354

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